Comment les journaux papier survivent-ils à la numérisation de l’information ?

par Pauline

Quand la presse a été inventée, elle avait le monopole de l’information rapide, continue et fiable. Le texte était le seul moyen d’apporter une information complexe. Elle avait donc une place de choix et même indispensable dans la société.

Si on remonte au début du XIXème siècle, la presse était le seul média existant. Au XXème siècle, l’apparition de la radio, de la télévision, des journaux gratuits ont plusieurs fois obligé la presse à se remettre en question.

A l’aube du XXIème siècle les groupes de presse qui avaient su relever ces défis ont dû affronter un nouveau changement : la numérisation de l’information.

Face à celle-ci, les termes « presse papier » et « presse en ligne » sont vite apparus. La presse s’est remise profondément en cause pour évoluer vers de nouveaux modèles.

Réussir la transformation de la presse papier c’est d’abord mettre en valeur ses savoir-faire

La révolution du numérique n’est pas qu’un changement de support, c’est aussi un changement de rythme.

Jusqu’aux années 2000, la presse qu’elle soit nationale ou régionale, était rythmée sur des publications journalières. Cela impliquait un certain mode d’organisation. A une heure donnée, tous les articles devaient être terminés, puis c’était au tour de la mise en page d’organiser la hiérarchisation de l’information puis sa mise en forme. Enfin, la maquette du journal était transmise aux imprimeurs qui prenaient le relais. Le lendemain, il fallait assurer la distribution.

Toute cette logistique assez lourde demandait un grand savoir faire.

L’arrivée du numérique a permis de diffuser des nouvelles sans toute cette organisation. La presse s’est vue assaillie par de nouveaux acteurs. Quiconque maîtrisait l’outil numérique pouvait matériellement diffuser de l’information.

Transférer les savoir-faire de la presse papier

Pour relever ce nouveau défi et affirmer leur différence, les organes de presse ont dû mettre en avant leurs valeurs propres :

  • Diffuser une information n’est pas suffisant. Encore faut-il la contextualiser, l’analyser, en donner une lecture profonde. Le rôle pédagogique de la presse qui était d’aider le lecteur à comprendre la complexité de l’actualité a été mis en avant.
  • Le monde de la presse c’est aussi savoir choisir ses sujets, les hiérarchiser. En effet, la numérisation et l’accélération de l’information a aussi son revers : le problème des données qui arrivent en continu. Cela a toujours été le rôle des journalistes de faire un tri dans les nouvelles et d’amener une masse d’information digeste et adaptée à son lecteur.
  • Analyser les sources, la qualité de l’information brute a également toujours fait partie du travail du journaliste. Dans un monde du buzz ou les fakenews circulent d’autant plus facilement qu’elles sont sensationnelles le rôle du journaliste devient essentiel pour recentrer le débat.

Face au tsunami de la numérisation, la presse papier a de nombreux atouts. Ils peuvent être transposés pour inventer une nouvelle presse, une presse adaptée à l’évolution de la vie et des habitudes de ses lecteurs.

Adapter les sources de revenus de la presse papier aux nouveaux modes de diffusion numériques.

Améliorer les revenus existants

Beaucoup de journaux papiers sont des journaux d’annonces légales habilités. Cela signifie qu’ils consacrent une partie de leurs pages à diffuser des annonces officielles pour les entreprises. C’est une source de revenu non négligeable (plus de 70% du chiffre d’affaire pour certains journaux) qu’ils peuvent essayer d’améliorer en vendant directement des annonces légales sur internet. Mais dans ce cas, ils doivent néanmoins imprimer ces annonces dans le journal. Ils peuvent aussi devenir un SPEL (service de presse en ligne) en créant un site d’actualité et en obtenant l’autorisation pour diffuser des annonces légales directement sur leur site web. Ils pourront ainsi augmenter leur marge sur ce service.

Transformer les abonnements papier en abonnement numériques

Certains lecteurs ont de leur propre chef passé le cap de l’abonnement papier au format numérique. D’autres lecteurs restent attachés au format papier qui continue à être diffusé.

Internet par son fonctionnement permet également de trouver de nouveaux abonnés : les rédactions se sont formées aux algorithmes des moteurs de recherche pour apparaître dans les premiers résultats. Beaucoup d’organes de presse, une fois leur article sélectionné, proposent un abonnement après un bref début de lecture.

Le numérique offre ainsi aux rédactions un nouveau lectorat à conquérir.

Pour utiliser le net de manière rentable, il a fallu créer des applications pour les organes de presse en introduisant des abonnements internet. Avec la généralisation des réseaux sociaux, les rédactions se sont mises également à se faire connaître et à fidéliser des lecteurs via ces réseaux. Il a aussi fallu adapter l’information aux nouveaux modes de circulation de l’information via ces réseaux.

Élargir les revenus publicitaires aux supports numériques

Les parts des revenus publicitaires de la presse papier ont baissé, puisque aujourd’hui, moins de numéros sont tirés. La publicité s’est adaptée au web bien plus vite que la presse. Cette dernière n’a eu qu’à suivre la tendance. Les quotidiens ayant une diffusion numérique y ont gagné de nouvelles ressources pécuniaires sur internet.

Finalement, et après des difficultés d’adaptations bien normales, le problème causé par l’apparition d’internet s’est transformé en atout. On a pu voir au début de la pandémie que la situation sanitaire avait poussé plus de lecteurs à se tourner vers la version numérique de leur presse habituelle.

Les grands organes de presse ont aujourd’hui une version papier et une version numérique. Pour continuer à avoir sa place, l’article de presse doit garder toutes ses qualités de fond tout en apprenant à surfer sur la vague des nouveaux médias de diffusion.

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