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Jaune vie
Un opportuniste, «ingénieur»,
ou autre, est au volant de son véhicule et sillonne les routes
qui le mèneront dans un petit village, isolé de la
civilisation, bâtit dans les hauteurs d'une butte, et même
d'une montagne. De petites maisons entassées les unes sur
les autres, comme si tout autour des villageois, l'espace en venait
qu'à manquer. Pourtant, un vaste champ les enveloppes, les
engloutit par son horizon, par le jaune de sa végétation.
Le vide se dresse comme frontière et les condamne au regroupement,
à l'entassement. Ainsi peuvent-ils se sentir et se palper
les uns les autres, sans savoir où ils sont, sans connaître
l'existence de ses sentiers qui mènent nul part. L'automobiliste
se concentre sur sa route déserte, trimballant derrière
lui des associés plutôt anonymes et discrets. Nous
sentons ici LE GOÛT DE LA CERISE et ces plans de voitures
qui servent à caractériser le paysage, à offrir
un point de vue dominant et constamment en changement. Il fixe avec
attention l'inconnu devant lui et attend que la destination finale
se présente à lui. Lorsqu'il sera, quelques temps
plus tard, en contact avec ces gens simples et accueillants, il
se transformera. Un tout petit peu, de façon très
lente, graduelle, dans la mesure où un être humain
peut changer. Mais pour l'instant, il s'exaspère à
ne pas trouver cet endroit où le temps semble s'arrêter.
Il s'impatiente à trouver la simplicité. Il rogne
devant l'absence de sérénité.
Un gamin se dresse devant la route. Ça y
est, enfin. Est-elle morte, cette vieille dame? Sinon, quand le
sera-elle?
L'opportuniste ou «l'ingénieur»
se doit de grimper quelques falaises escarpées pour atteindre
son mortuaire objectif. Arrivé au sommet, il comprendra à
peine où il se trouve et comment toute cette histoire se
terminera. Dans le meilleur scénario, elle s'éteindra
le plus tôt possible. Dans le pire des cas, elle y tardera.
Comment peut-elle ne pas mourir avec tous ces symptômes? Il
escalade la rocailleuse montée, s'arrête un moment
et ne fixe que le sol, que le haut, sans se retourner et contempler
l'absence qui aurait pu se présenter à lui.
Le temps passe, effrite et condamne. Il permet
l'évolution, le développement, l'apprentissage, l'éducation,
la recherche de la paix et de la plénitude. Il permet la
contemplation d'une nature puissante et rudement belle, grandiose
et flamboyante.
Une femme, petite amie d'un homme dans un trou,
trait une vache à la noirceur. On lui raconte un poème,
on lui fredonne des vers, on dépasse la simple traite, on
y superpose une beauté littéraire. Chaque pression
sur la pie est une ponctuation, une musique de fond et d'ambiance.
Une glorification des mots. L'opportuniste ne pourra jamais contempler
le visage de cette femme à qui il a révélé
tant de beauté, tant de vie. L'espace d'un instant, elle
le verra s'éloigner, pour ne plus jamais revenir.
Le temps permet la guérison, le rétablissement.
Il permet de frôler les limites, là où la non-existence
établit ses barrières. Il permet d'aller y jeter un
coup d'oeil, de sentir le néant tout proche, l'obscurité
de ne plus sentir. Mais il permet aussi de replonger les yeux grand
ouvert vers le soleil, la lumière. D'être envahit par
le jaune, le bleu, le violet, le rouge... Il permet la régénération,
la renaissance, la perpétuation de la vie, l'accomplissement
de se savoir vivre.
L'opportuniste se penche vers le sol, gratte le
sable et découvre un assemblage de poussière prouvant
par sa forme, qu'un homme, ici, a déjà existé:
un ossement. Un espace temps plus tard, «l'ingénieur»
saura. Connaîtra enfin le sens de toute cette comédie.
Cessez donc mes amis, regardez, le temps coule. Le vent nous emporte.
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