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Le fantastique au quotidien
Deuxième film de M. Night Shyamalan, UNBREAKABLE
semble suivre la recette expérimentée de son premier
et fulgurant succès THE SIXTH SENSE. En effet, on retrouve
dans ces deux films une construction en apparence assez similaire:
un événement inexpliqué et inquiétant,
un mystère abscons et un dénouement des plus inattendus.
Néanmoins, même s'il est évident que le scénariste
et les producteurs ont essayé non pas de refaire au sens
littéral les constructions dramatiques du dernier opus, mais
plutôt de réutiliser certains schémas de la
même façon, UNBREAKABLE reste finalement plus réussi
que son prédécesseur. Il y a chez ce nouveau Golden
Boy américain une volonté peu banale, dans cette ère
numérique très tapageuse (et finalement encore inaboutie),
de faire intervenir le fantastique dans le quotidien le plus banal
et souvent le plus morose. Mais il s'agit ici d'un fantastique dénué
d'effets et où la situation même est le principal moteur
du malaise plus que les manifestations proprement surnaturelles.
Ainsi, lorsque le petit Cole apercevait, dans THE
SIXTH SENSE, une femme qui n'était pas sa mère (dans
la cuisine de sa propre maison), l'effet était bien plus
effrayant que ces monstres synthétiques un tantinet désincarné
qu'on nous impose dans le moindre produit calibré «Ciné
Monde». Il est amusant de noter que la trame d'UNBREAKABLE
est peu ou prou identique à celle de X MEN. Mais là
où le studio producteur nous inondait de surenchère
numérique, M. Night Shyamalan préfère jouer
la carte payante de la sobriété intelligente. La scène
de musculation en est, il me semble, un bon exemple. Une situation
de départ des plus banales (une séance d'altères!)
se transforme vite en peur face à l'inconnu. Une peur qui
est tout de même détournée ici afin d'engendrer
non plus l'angoisse mais le rire. Le fantastique, ici, naît
(comme le soutenait Franju) de l'irruption de l'insolite dans le
monde dit quotidien. Et la façon dont le cinéaste
nous fait entrer dans ce monde étrange demeure, encore et
toujours, assez loin des recettes hollywoodiennes.
Un homme dont on sait qu'il va être le héros
(via la presse et le nom de la vedette) fait connaissance avec une
jeune femme dans un train pendant qu'un générique
se déroule de manière amorphe sur l'écran.
De nombreux détails parsèment ce film et renforcent
tous une volonté de déstabiliser et de malmener le
confort du spectateur (saut dans le temps inexpliqué ou arrêt
impromptu du récurrent champ/contre champ dans une scène
dialoguée). Bien sûr vu les moyens colossaux d'une
telle production, le cinéaste-scénariste ne parvient
pas toujours à éviter les poncifs de la schématisation
hollywoodienne classique. Toutefois, où THE SIXTH SENSE était
un remake à peine caché de CARNIVAL OF THE SOULS mais
avec un nombre impressionnant de topos consensuels et moralisateurs,
ici, Shyamalan les évite en partie mais remplit son film
d'une intrigue sentimentale presque sans intérêt (ou
d'une scène lourdement mystique dans laquelle Bruce Willis
en imperméable prend une posture christique assez pénible).
Malgré ces quelques écueils, on sent tout au long
d'INCASSABLE une volonté de faire autrement, une envie de
surprendre (de manière narrative ou visuelle: dialogue entier
dans une télévision ou mouvements de caméra
superfétatoires). Bref, la vive intention de se sortir de
cette façon uniforme de raconter les histoires dans une industrie
de moins en moins imaginative.
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