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ANALYSE
2001
UNBREAKABLE
É-U [2000]

Réalisateur: M. Night Shyamalan
Scénario: M. Night Shyamalan
Interprètes: Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Robin Wright

 

Le fantastique au quotidien

Deuxième film de M. Night Shyamalan, UNBREAKABLE semble suivre la recette expérimentée de son premier et fulgurant succès THE SIXTH SENSE. En effet, on retrouve dans ces deux films une construction en apparence assez similaire: un événement inexpliqué et inquiétant, un mystère abscons et un dénouement des plus inattendus. Néanmoins, même s'il est évident que le scénariste et les producteurs ont essayé non pas de refaire au sens littéral les constructions dramatiques du dernier opus, mais plutôt de réutiliser certains schémas de la même façon, UNBREAKABLE reste finalement plus réussi que son prédécesseur. Il y a chez ce nouveau Golden Boy américain une volonté peu banale, dans cette ère numérique très tapageuse (et finalement encore inaboutie), de faire intervenir le fantastique dans le quotidien le plus banal et souvent le plus morose. Mais il s'agit ici d'un fantastique dénué d'effets et où la situation même est le principal moteur du malaise plus que les manifestations proprement surnaturelles.

Ainsi, lorsque le petit Cole apercevait, dans THE SIXTH SENSE, une femme qui n'était pas sa mère (dans la cuisine de sa propre maison), l'effet était bien plus effrayant que ces monstres synthétiques un tantinet désincarné qu'on nous impose dans le moindre produit calibré «Ciné Monde». Il est amusant de noter que la trame d'UNBREAKABLE est peu ou prou identique à celle de X MEN. Mais là où le studio producteur nous inondait de surenchère numérique, M. Night Shyamalan préfère jouer la carte payante de la sobriété intelligente. La scène de musculation en est, il me semble, un bon exemple. Une situation de départ des plus banales (une séance d'altères!) se transforme vite en peur face à l'inconnu. Une peur qui est tout de même détournée ici afin d'engendrer non plus l'angoisse mais le rire. Le fantastique, ici, naît (comme le soutenait Franju) de l'irruption de l'insolite dans le monde dit quotidien. Et la façon dont le cinéaste nous fait entrer dans ce monde étrange demeure, encore et toujours, assez loin des recettes hollywoodiennes.

Un homme dont on sait qu'il va être le héros (via la presse et le nom de la vedette) fait connaissance avec une jeune femme dans un train pendant qu'un générique se déroule de manière amorphe sur l'écran. De nombreux détails parsèment ce film et renforcent tous une volonté de déstabiliser et de malmener le confort du spectateur (saut dans le temps inexpliqué ou arrêt impromptu du récurrent champ/contre champ dans une scène dialoguée). Bien sûr vu les moyens colossaux d'une telle production, le cinéaste-scénariste ne parvient pas toujours à éviter les poncifs de la schématisation hollywoodienne classique. Toutefois, où THE SIXTH SENSE était un remake à peine caché de CARNIVAL OF THE SOULS mais avec un nombre impressionnant de topos consensuels et moralisateurs, ici, Shyamalan les évite en partie mais remplit son film d'une intrigue sentimentale presque sans intérêt (ou d'une scène lourdement mystique dans laquelle Bruce Willis en imperméable prend une posture christique assez pénible). Malgré ces quelques écueils, on sent tout au long d'INCASSABLE une volonté de faire autrement, une envie de surprendre (de manière narrative ou visuelle: dialogue entier dans une télévision ou mouvements de caméra superfétatoires). Bref, la vive intention de se sortir de cette façon uniforme de raconter les histoires dans une industrie de moins en moins imaginative.

 

Sébastien Miguel

 

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© Copyright Cadrage/Arkhom'e 2005. International Standard Serial Number: ISSN 1776-2928