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« PLUS LE VISAGE
EST SÉRIEUX, PLUS LE SOURIRE EST BEAU »
par Alexandre Tylski
Baroque et engagé, Le sourire de ma mère renoue avec
les premiers films polémiques (cf. Le Diable au corps) de
Marco Bellochio. Un fils apprend ici que sa mère est «
en lice » pour la canonisation. Portrait d’un peintre
athée aux prises avec sa pragmatique famille. L’Eglise
rit jaune.
Interdit aux mineurs en Italie, Le sourire de ma mère a été
montré du doigt par plusieurs Evêques du Vatican –
allant même jusqu’à l’interdire radicalement
des nombreuses salles en Italie appartenant à l’Eglise.
Bien que le film soit totalement dénué de scène
pornographique ou sanguinolente, le film violente l’Italie,
et tout particulièrement ses décideurs et ses religieux,
ses décideurs religieux.
« Le sacrifice de la mère, en termes
d'idéologie catholique, conduit à sa sanctification
», affirme Bellochio. « Je n'ai jamais spécialement
étudié ce sujet, mais je pense que dans le passé
de l'église catholique il y a toujours eu ces personnages,
devenus saints parce qu'il était utile qu'ils le soient.
» Et Bellochio d’évoquer dans son film les très
nombreuses canonisations sous le « règne » de
Jean-Paul II, et jusqu’à tout récemment encore.
Le sourire de ma mère présente une
famille qui, par souci de réputation et de pragmatisme économique,
cherche par tous les moyens à faciliter la béatification
de leur mère. Mise à nu redoutable, l’Eglise
est montrée comme une entreprise de loto parfaitement organisée
et omnipotente. Bellochio rature alors l’image lisse des vitrines
du Vatican et fait vœu d’iconoclasme, à l’image
de son héros anti-héros.
Celui-ci (l’excellent Sergio Castellitto)
déambule dans les labyrinthes du christianisme manière
Kafka, observant les rituels et les faux-semblants comme le cinéaste
les observe. Les toiles du peintre sont d’ailleurs celles
de Bellochio lui-même. Le film est personnel, c’est
la vision d’un homme. Et c’est probablement aussi la
lutte d’un regard libre contre une certaine idée du
communautarisme qui circule dans les veines du film.
Et le sourire comme ponctuation, ou comme faux
témoignage, du regard. Un portrait peint de la mère
apparaît dans le film semblable à celui de la Joconde
(célèbre toile au sujet plus que trouble, voire subversif).
Que cache donc le sourire : un rire ?, des larmes ?, un cri ?, une
fausse identité ?, un travestissement de la vérité
? Que dissimule la Sainteté ? s’interroge le cinéaste.
Le sourire de ma mère est un film de coulisses,
de cache-cache, d’ombres dévoilées, de portes
dérobées et ouvertes (premier plan du film), de silences
révélateurs, de cordes étirées comme
des poignards, de changements de ton brusques, mais avec, toujours,
le sourire comme fil d’Ariane et point d’orgue. Sourires
ironiques, sincères; sourires mortels (déclenchant
dans le film un duel à mort); ou sourires aussi à
la Chateaubriand : « Plus un visage est sérieux, plus
le sourire est beau. » (cf. Mémoires d‘outre-tombe,
t. IV)
Le film se boucle sur le sourire de ce peintre
sombre (mais voyant) observant son fils aller à l’école.
Et le drapeau Européen de flotter dans un coin de l’image
(icône d’un trop omniprésent communautarisme
? ou d’un espoir de libération ?). « Je suis
réalisateur, et pas homme politique, je voudrais pourtant
que notre monde change. La religion – pardon pour la simplification
– me semble un obstacle au changement. » Libre à
chacun d’adhérer ou non à cette position. D’en
sourire peut-être…
Alexandre Tylski est rédacteur en
chef de la revue Cadrage
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