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ANALYSE
2001
SMALL TIME CROOKS
É-U [2000]

Réalisateur: Woody Allen
Scénario: Woody Allen
Interprètes: Woody Allen, Tracey Ullman, Michael Rapaport, Tony Darrow, Jon Lovitz, Elaine May, Hugh Grant

 

Le sur place

SMALL TIME CROOKS, le vingt-neuvième film de Woody Allen, semble provoquer chez bien des critiques et des cinéphiles une espèce de retour en arrière - il y joue d'ailleurs une variation du personnage de cambrioleur maladroit qu'il campait dans son premier film en tant que réalisateur, TAKE THE MONEY AND RUN [1969]. Plusieurs voient en ce long métrage un retour aux sources, un nouveau séjour au sein d'un cinéma plus axé sur les gags que les messages directs, expressément «artistiques».

Dans la première partie du film, un couple verbomoteur de la classe ouvrière (Woody Allen et Tracey Ullman), par l'intermédiaire des manigances du mari, cherche à faire un vol de banque; lorsque le projet avorte mais que c'est l'activité parallèle - la confection de biscuits - qui attire les gens, les deux individus modifient leurs plans et s'adonnent entièrement à cette entreprise. Un an plus tard, le couple est riche et fréquente les plus hautes strates de la société; la nouvelle fortunée tentera d'enrichir sa culture en passant du temps avec un Anglais cultivé (Hugh Grant) pendant que son époux abandonnera son existence dorée pour dialoguer avec la peu brillante cousine de sa douce moitié (Elaine May).

Le film s'attarde à disséquer le parcours d'une petite famille typiquement modeste, à montrer l'impact de facteurs extérieurs (reliés ici à la culture et l'argent) sur la personnalité des individus touchés. Dans cette optique, le traitement du scénario d'Allen est relativement intéressant (et parfois amusant) mais étonnamment conventionnel - au lieu de se servir de l'évolution du couple comme tremplin pour une analyse pertinente orientant le discours vers de nouvelles avenues, il recycle un bon nombre d'idées communes et n'insère que de façon erratique les moments cyniques sur lesquels une tranche de sa réputation repose.

Le cinéma de Woody Allen est aussi torturé que son auteur, et SMALL TIME CROOKS en fournit une preuve supplémentaire. Les deux parties du film font mine de s'opposer mais ne sont en fait qu'un reflet l'une de l'autre: la première étale les efforts d'une meute de gens cherchant à sortir de leur univers modeste, tandis que la seconde, même si elle aspire à illustrer l'antithèse de la première, débouche sur une conclusion inévitable (l'argent ne fait pas le bonheur) qui était pratiquement annoncée dès les premières minutes. Allen est tiraillé entre le rôle de l'intellectuel amateur de cinéma classique et celui de l'homme peu en moyens qui existe en marge de tous les principaux mouvements culturels (un exemple: son personnage visionne WHITE HEAT [1949] mais doit recourir à un guide pour élargir ses connaissances artistiques) - il joue donc une multitude de rôles (l'artiste avec un grand A, l'autodidacte obstiné, etc.) dans le but d'être apprécié même si cela nécessite la négation d'une portion de ses idéaux.

Cette méthode peut fonctionner, mais à force de chercher le meilleur des deux mondes, Woody Allen en vient ici à faire du sur place.

 

Philippe St-Germain

 

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© Copyright Cadrage/Arkhom'e 2005. International Standard Serial Number: ISSN 1776-2928