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Le sur place
SMALL TIME CROOKS, le vingt-neuvième film
de Woody Allen, semble provoquer chez bien des critiques et des
cinéphiles une espèce de retour en arrière
- il y joue d'ailleurs une variation du personnage de cambrioleur
maladroit qu'il campait dans son premier film en tant que réalisateur,
TAKE THE MONEY AND RUN [1969]. Plusieurs voient en ce long métrage
un retour aux sources, un nouveau séjour au sein d'un cinéma
plus axé sur les gags que les messages directs, expressément
«artistiques».
Dans la première partie du film, un couple
verbomoteur de la classe ouvrière (Woody Allen et Tracey
Ullman), par l'intermédiaire des manigances du mari, cherche
à faire un vol de banque; lorsque le projet avorte mais que
c'est l'activité parallèle - la confection de biscuits
- qui attire les gens, les deux individus modifient leurs plans
et s'adonnent entièrement à cette entreprise. Un an
plus tard, le couple est riche et fréquente les plus hautes
strates de la société; la nouvelle fortunée
tentera d'enrichir sa culture en passant du temps avec un Anglais
cultivé (Hugh Grant) pendant que son époux abandonnera
son existence dorée pour dialoguer avec la peu brillante
cousine de sa douce moitié (Elaine May).
Le film s'attarde à disséquer le
parcours d'une petite famille typiquement modeste, à montrer
l'impact de facteurs extérieurs (reliés ici à
la culture et l'argent) sur la personnalité des individus
touchés. Dans cette optique, le traitement du scénario
d'Allen est relativement intéressant (et parfois amusant)
mais étonnamment conventionnel - au lieu de se servir de
l'évolution du couple comme tremplin pour une analyse pertinente
orientant le discours vers de nouvelles avenues, il recycle un bon
nombre d'idées communes et n'insère que de façon
erratique les moments cyniques sur lesquels une tranche de sa réputation
repose.
Le cinéma de Woody Allen est aussi torturé
que son auteur, et SMALL TIME CROOKS en fournit une preuve supplémentaire.
Les deux parties du film font mine de s'opposer mais ne sont en
fait qu'un reflet l'une de l'autre: la première étale
les efforts d'une meute de gens cherchant à sortir de leur
univers modeste, tandis que la seconde, même si elle aspire
à illustrer l'antithèse de la première, débouche
sur une conclusion inévitable (l'argent ne fait pas le bonheur)
qui était pratiquement annoncée dès les premières
minutes. Allen est tiraillé entre le rôle de l'intellectuel
amateur de cinéma classique et celui de l'homme peu en moyens
qui existe en marge de tous les principaux mouvements culturels
(un exemple: son personnage visionne WHITE HEAT [1949] mais doit
recourir à un guide pour élargir ses connaissances
artistiques) - il joue donc une multitude de rôles (l'artiste
avec un grand A, l'autodidacte obstiné, etc.) dans le but
d'être apprécié même si cela nécessite
la négation d'une portion de ses idéaux.
Cette méthode peut fonctionner, mais à
force de chercher le meilleur des deux mondes, Woody Allen en vient
ici à faire du sur place.
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