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Les petits bonheurs d'un nécrophile
Linda (Sylvie Moreau) vole pour vivre. Ghislain
(Gabriel Arcand), à l'emploi de la morgue, vit avec les cadavres.
L'amour rencontre alors la mort et Linda, assassinée, renaît
du désir nécrophile de Ghislain. Discours sur la réhabilitation
du sordide dans le quotidien, POST MORTEM, film en triptyque du
jeune cinéaste québécois Louis Bélanger,
vient sortir le cinéma du défaitisme ambiant pour
donner à la vie et à la mort une seconde chance.
Louis Bélanger parle ainsi de son film:
«Je crois au quotidien. Une mère qui réveille
son enfant, l'amène à la garderie. Il n'y a rien d'extraordinaire
là-dedans. [...] Mais le film se ferme sur le quotidien qui
reprend ses droits. C'est à ce que je crois : le bonheur
au quotidien». Un tel discours peut certes sembler assez inusité
lorsqu'on parle d'un film dont un des personnages pivots est nécrophile.
Mais Louis Bélanger s'en défend bien: «La nécrophilie,
ce n'est pas faire l'amour à un cadavre. C'est aimer la mort
(à l'inverse du «biophile»). Moi je me considère
comme «biophile». Chez le personnage de Ghislain, il
n'y a pas de plante, de poissons à nourrir. Il n'y a que
du blues, une musique qui ne festoie pas la vie; une musique de
résignation qui est syntonisée parfaitement avec mon
personnage. [...] Il se sent bien avec la mort».
Bélanger arrive alors à créer
autour du nécrophile une nouvelle objectivité, sans
préjugé ni image préfabriquée. L'amour
devient source d'espoir, offrant à la défunte Linda
une seconde chance et à Ghislain une nouvelle vie. Ainsi,
Ghislain se réveille à la vie par l'amour; Linda ressuscite
par douleur, par désir de vivre. L'amour devient alors la
seule communication possible, ouvrant le quotidien vers l'espoir.
Ghislain sort de son isolement, en résonance avec les bruits
de fond des «lignes ouvertes» qui viennent détoner
sur la solitude de cet homme dépourvu de toute communicabilité.
Linda fait la paix avec son passé et réapprend le
quotidien. Et «Éros» et «Thanatos»
danse sous la mélodie de «L'Hymne à la joie».
Pour Sylvie Moreau, le tabou refoulé de
la nécrophilie ne constitue en rien un obstacle pour le film.
«Louis s'est intéressé davantage au personnage
qu'à l'événement. Ainsi, en comprenant ce qui
a amené le personnage à poser de tels actes, il est
jugé beaucoup moins radicalement. Si le cinéaste ne
juge pas le personnage, il devient encore plus difficile pour le
public de le faire». POST MORTEM vient ainsi déconstruire
les tabous. Il place le spectateur vers une toute nouvelle perspective
d'un sujet dont le sordide devient tributaire d'un ordre social
déconstruit par la médiatisation et l'artificialisation
des rapports entre les êtres urbains.
Manifeste contre l'intolérance, l'isolation
et l'individualisme, le film de Bélanger, fortement ancré
dans le social, devient alors métaphorique du réel
par son irréalité. Ainsi, POST MORTEM est pour Sylvie
Moreau, «quelque chose d'onirique [...] pour aider à
faire passer le réel qui est tellement dur. Le cinéma
aide à révéler ces choses, à les amener
vers une 3ème dimension». Mais pour Louis Bélanger,
le fait divers qu'il illustre n'est pas que hasard ou rêverie.
Selon lui, «des personnages comme Ghislain, il y en a partout.
[...] Il y a une multitude de ces gens qui vivent un profond malaise
et qui vivent à côté de chez-nous». Du
fait, Ghislain devient l'archétype de tout un pan de la société,
vivant de ses silences et de sa solitude.
POST MORTEM se veut ainsi un appel au présent,
une hymne à la vie et au réveil d'une société
étouffée par son incapacité au réel.
Appuyé par le jeu exceptionnel de comédiens n'ayant
certainement plus à faire leurs preuves (dont Gabriel Arcand,
Hélène Loiselle et maintenant Sylvie Moreau), le film
de Louis Bélanger se démarque de la production moderne
en exploitant le style au profit du discours et des personnages.
Juxtaposant magnifiquement les temps et les espaces en un tout mêlant
onirisme et lucidité, Louis Bélanger s'offre comme
une nouvelle figure de marque de notre cinéma, parvenant
à sortir la névrose du sordide et offrant un espoir
nouveau à une société de plus en plus inapte
à son quotidien.
La mort est silencieuse. Le «biophile»
Louis Bélanger arrive à la faire chanter.
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