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Le couple vu par Ozon
Léopold a 50 ans, il invite Franz, un jeune
garçon de 19 ans, à monter chez lui et le séduit
assez rapidement. Franz quitte sa copine, s'installe chez Léopold,
mais le couple ne tarde pas à se désagréger.
Bientôt, débarquent Anna, l'ex-petite amie de Franz,
et Véra (Anna Thompson), transsexuel, ancien amant de Léopold.
C'est une réflexion sur le couple que nous propose François
Ozon en adaptant une pièce de Fassbinder écrite à
l'âge de 19 ans. Il reste très fidèle à
la sobriété de la pièce et pourtant le cinéma
se justifie à chaque instant.
On commence par s'amuser, on rit de l'appartement
de Léopold, de sa verve séductrice, des vêtements
de Franz et de sa naïveté; les premières disputes
sont hilarantes. Les arrivées successives d'Anna et de Véra
amènent le divertissement à son apogée. La
scène de danse, instant de relâchement total, de comique
énorme, inoubliable... Mais quand Léopold affirme
qu'il ne prend plus goût à rien quand Franz imite Léopold
dans sa relation avec Anna, quand Véra raconte son passé,
l'ampleur de la souffrance des personnages donne une nouvelle dimension
au film qui, au-delà de la comédie, intègre
une satire sociale.
Ce n'est pas la marginalité que veut traiter
Ozon. Ce n'est pas un couple homosexuel qu'il filme, ni même
un couple des années 70: c'est un modèle de couple
avec une complémentarité dominant-dominé que
l'on retrouve dans chaque société, et dont il dissèque
la déchéance. Il sonde l'échec relationnel
avec une réelle justesse de ton due en grande partie aux
performances étonnantes de Bernard Giraudeau (Léopold)
et des deux révélations que sont Malik Zidi (Franz)
et Ludivine Sagnier (Anna). Le réalisateur alterne ainsi
les moments de sombre lucidité en rapport à l'universalité
du sujet, et l'humour décalé, propre à Ozon,
relatif au caractère particulier de cette relation.
Ozon est un enfant de la FÉMIS (1), ses
plans sont très travaillés. La disposition des personnages
dans le cadre, particulièrement dans les plans fixes sur
le canapé, témoigne des rapports de force entre les
personnages: les attitudes physiques sont mises en parallèle
avec la santé relationnelle des différents couples.
Les plans récurrents sur les fenêtres vues de l'extérieur
renforcent la claustrophobie inhérente aux huis clos (le
film se déroule intégralement à l'intérieur
de l'appartement de Léopold). Cette claustrophobie qui révèle
les horizons bouchés des personnages atteint son paroxysme
dans la scène finale quand les fenêtres refusent de
s'ouvrir. Les multiples surcadrages emprisonnent les personnages,
les isolent, les divisent. La construction cinématographique
remplie pleinement son rôle dramatique et le spectateur qui
ne le voit pas le ressent...
François Ozon acquiert de la maturité
en adaptant une pièce de jeunesse, il signe là un
film plus abouti que les précédents, où la
recherche cinématographique prime sur les artifices. Il ne
renonce pas néanmoins à ce qui nous plaisait déjà
dans son cinéma, soit l'originalité jusque dans la
bande originale: la chanson allemande interprétée
par Françoise Hardy justifiant à elle seule le prix
du billet d'entrée.
(1) La FÉMIS est une grande école
de cinéma française.
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