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Quelques «pourquoi» sur le monde
de Kollek
Kollek aime-t-il le désespoir, la détresse
et les profondes déceptions? Kollek aime-t-il la souffrance?
Kollek est-il un cinéaste de la désillusion? Kollek
aime-t-il la vie, les lions, la nature, les hommes, les femmes,
les belles rencontres, les amours éclatants, les parcs qui
brillent, les yeux qui pétillent, les enfants qui rayonnent?
Je ne vous comprends tout simplement plus aujourd'hui,
M. Kollek, après avoir vu deux fois le même film, deux
fois la même histoire, deux fois la même femme, Ô
combien belle et superbe, et en être encore une fois ressorti
avec ce même sentiment flou et incertain. FAST FOOD, FAST
WOMEN n'est pas une comédie, mais SUE n'est pas un drame
non plus. À quoi est-ce que vous jouez très exactement?
Vous me croyez assez dupe pour ne pas me rendre compte qu'il s'agit
bel et bien de ce même fond, cette même teinte que vous
ramenez, que vous mitrailler et que vous cachez sous une forme quelque
peu différente? Certes, Sue sourit moins que Bella: son sort
diverge légèrement, elle trouve précipice,
dégringole, abandonne tout. Bella, au contraire, s'amuse,
parle avec autrui, aime autrui, aide autrui. Son teint est moins
pâle, ses yeux plus clairs, plus vifs et chaleureux. Elle
ne perd pas son emploi: son employeur l'aime et la respecte. La
musique fait un «woua-woua» de joie et de douceur, le
soleil surplombe New York, pénètre les visages et
éclaircit les vies, contrairement au «woua-woua»
de détresse suscité par votre Sue «pleurante»
et nuageuse. Mais Bella ne dira-t-elle pas à son prince,
alors que celui-ci se penchera sur la question du «quoi faire
avec les deux minuscules souris se promenant depuis déjà
belle lurette sur le parterre [de son] domicile»: «Tu
peux les sortir à l'extérieur, mais prend garde qu'elles
ne se sentent rejetées[...]».
Vous me faites marcher, M. Kollek, je l'ai dit:
FAST FOOD, FAST WOMEN n'est pas une comédie et SUE n'est
pas un drame. Vous savez pourquoi je me pose la question? J'ai l'impression
que vous manquez d'honnêteté ou que vous faites preuve
de paresse. Vous neutralisez votre approche. Vous vous effacez derrière
vos personnages, jusqu'à ce que nous ne sentions qu'eux et
pas vous. Vous les laissez trop vivre par eux-mêmes; vous
leur accordez une valeur intrinsèque. Ils sont beaux non
par les propos qu'ils appuient ou par le message qu'ils confirment,
mais purement et simplement beaux par leur acte de présence
à l'intérieur de vos cadres.
De plus, que sont ces thèmes qui reviennent
sans cesse: le grand New York où la foule écrase et
noie l'histoire individuelle; le sexe où se noie l'espoir
des deux parties, où s'engouffrent vos personnages les plus
seuls; les mères absentes, glaciales, incompétentes
ou très loin; les déshérités, les paumés;
les vieux sur les bancs de parc; les humains se sentant vieillir...?
Que dois-je interpréter lorsque vous détruisez les
barrières entre les générations qui sont confrontées
aux même terribles situations humaines, où la soixantaine
baise la trentaine et où les femmes âgées courent,
la bouche ouverte et le regard innocent, vif, afin d'écraser
ces petites bulles de savon qui volent au ciel lorsque soufflées
à-travers de cette petite bague de plastique appropriée?
Que dois-je comprendre de ces hommes et de ces femmes qui font magnifiquement
l'amour, à n'en plus finir, par recherche d'un grand quelque
chose, beau et unique? Simple. Et pourquoi tant de personnages aux
histoires semblables? C'est pour mieux représenter les multiples
ressemblances entre les êtres?
Parfois, vous me faites pleurer et aimer la vie.
Et aussi, vous me faites rire et aimer la vie. Ce n'est pas normal
tout ça. Expliquez-moi, sinon j'irai voir votre prochain
film.
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