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AGUIRRE, LA COLERE DE DIEU
La quête d’un idéaliste,
décalage pathologique entre réalité et fiction
par Gilles Visy, Université de Limoges
Introduction
Dans une Amazonie où nul conquistador ne
s’était aventuré Klaus Kinski et ses hommes
traquent la piste du mythique Eldorado (1). Au fur et à mesure
de l’expédition les guides les abandonnent, les accidents
s’accumulent, la nature devient hostile, le relief est dangereux,
le fleuve reste imprévisible et les flèches empoisonnées
des indiens s’abattent sur les Espagnols comme le jugement
dernier. Kinski fait fit de toutes les difficultés, ses hommes
tentent même une mutinerie mais il fait taire la rébellion
: personne ne peut résister à Aguirre.
Réalisé en 1972, le film d’Herzog fut le premier
tournage avec Klaus Kinski et l’un des plus dur tant par les
conditions climatiques que par les relations passionnées
entre l’acteur et le cinéaste. Présenté
pour la première fois à Munich, Herzog a voulu créer
un événement cinématographique. Véritable
manifeste du cinéma allemand, Volker Schlöndorff dira
au cours d’une diffusion sur Arte : « C’est un
film qui a la fraîcheur et la violence d’un jeune Picasso
extrêmement tendre, comique, toujours excitant et visionnaire.
» (2) Cette quête idéaliste se joue en 1560,
des mercenaires espagnols prennent le départ sous le commandement
de Pedro de Ursúa. (3) Rapidement Aguirre prend le pouvoir
en élisant un empereur fantoche et il conduira l’expédition
à sa perte. La maladie finit de décimer l’équipage,
Aguirre termine sa course sur une nouvelle variation du Radeau de
la méduse. Kinski, entouré de petits primates sur
son embarcation, sombre dans la folie poursuivant son rêve
de mégalomane mystique. Il incarne une sorte de primitif
illuminé, un guerrier avide d’or et de pouvoir : dégénéré,
il reste néanmoins grandiose de par son rôle de composition.
Dés le générique, l’intertitre nous évoque
rétrospectivement cette aventure jusqu’au-boutiste
: « il n’en resterait pas la moindre trace si n’était
pas parvenu jusqu’à nous le journal du moine Gaspar
de Carjaval. » (4) Aguirre nie totalement la réalité,
absorbe pathologiquement le mythe de L’Eldorado qu’avaient
fomenté les Incas afin de tronquer cette cupidité
que l’église espagnole alimentait pour ses intérêts
personnels. De surcroît, le règne de Philippe II de
Castille fut marqué par les faillites financières.
Aguirre incarne le traumatisme d’une ambition européenne
quasi romantique qui fit verser le sang plus d’une fois au
cours de l’histoire.
Ce décalage maladif entre réalité et fiction
est une manifestation poétique de la volonté de puissance
qui conduit l’individu à sa perte. Aguirre représente
l’homme qui voulait être Dieu pour mieux défier
les lois de la nature. C’est également celui qui va
au-delà du religieux pour conquérir le pouvoir absolu.
Kinski est la réminiscence d’un rêve aryen (5)
à l’image d’une chute programmée malgré
lui.
I) L’homme qui voulait être Dieu : défier
la nature
Péché d’orgueil, Aguirre veut
être l’égal de Dieu, créer un nouveau
royaume en réaction contre le poids de l’apostolat
catholique espagnol. Kinski est un desperado, l’envers négatif
du Christ, un archange déchu qui manifeste sa haine puisque
d’entrée de jeu il sait qu’il court à
sa perte. En arrivant devant l’Amazone, après l’incident
du canon précipité et englouti par le fleuve, il dira
: « Ici, commence notre chute. » Ce sera l’ultime
soubresaut de lucidité. Herzog traque les êtres bizarres
qui peuplent les marges de la société. Il combat les
affres de la lucidité par l’excès provocateur
: « Préférant le regard visionnaire né
de la fascination au constat serein issu de l’examen neutre,
il aboutit à formuler des mises en scène qui fonctionnent
sur le trop-plein (6), voire la grandiloquence. » Dans L’homme
qui voulut être roi de John Huston, Sean Connery et Michael
Caine ont aussi défiés les déserts de l’Afghanistan
pour accéder à une cité du Kafiristan dont
ils prendront le pouvoir. Ils ont été trop loin pour
se séparer de leur nouvelle vie dans laquelle ils sont considérés
comme des rois.
Kinski pénètre dans une impasse
: la colère de Dieu. L’exerce -t-il ou en est-il victime
? Son déterminisme le pousse à défier la nature
qui le renvoie à son destin fragile. Le cinéaste évoque
la jungle sous forme d’une allégorie : « C’est
comme une malédiction sur un paysage tout entier, et quiconque
y pénètre trop profondément reçoit sa
part de malédiction. Nous sommes maudits ici. Dieu s’il
existe, a dû créer cette terre dans un moment de colère.
C’est le seul lieu où la création n’est
pas achevée. » (7) La solitude d’Aguirre fait
peut-être écho à la nostalgie romantique du
réalisateur : « son subjectivisme poétique cherche
dans l’intensité solitaire du rêve une harmonie
primordiale. » (8) Le fleuve est un bouillonnement de vie,
mais aussi un pôle informel. Celui-ci reste sournois et un
premier radeau fera les frais du projet présomptueux d’Aguirre.
Jouer avec la nature reste dangereux, l’eau du fleuve n’est
pas une bénédiction, ce n’est pas sans rappeler
l’aventure de ces quatre américains, dans le film Délivrance,
qui finiront traumatisés à vie pour avoir fait un
pari avec « la rivière ». Le film d’Herzog
est « un piège en eaux troubles » et même
les rives du fleuve sont imprévisibles. De longs travellings
latéraux nous font scruter les bords avec une angoisse sur
le qui-vive. On lit sur les visages la peur de la mort comme le
châtiment suprême de ceux qui ont commis « l’expérience
interdite ».
Coppola pour son film Apocalypse Now se sera probablement
inspiré de cette attente. Martin Sheen et ses hommes ne sont
pas à la recherche de l’Eldorado mais du général
Kurtz, une sorte de nouvel Aguirre asiatique. Après avoir
franchi le dernier pont américain, ils le retrouvent dans
un univers de jungle étouffante, infernale et l’élimine
comme un sacrifice divin. Kinski poursuit l’œuvre de
Dieu en éradiquant la couronne d’Espagne, la volonté
de puissance ne peut être exercée que par un seul homme
: « Nous déclarons les Habsbourg déchus de leurs
droits et toi, Philippe II, détrôné. Par la
force de cette déclaration, tu n’es plus rien. A ta
place nous proclamons don Fernando de Guzmán, gentilhomme
de Séville, Empereur d’Eldorado. » Aguirre tranche
les liens avec l’Espagne et le nouveau roi ne sera que la
face cachée de la haine de ce nouveau Dieu aryen.
II) Au-delà du religieux pour un pouvoir
absolu
Kinski est un mercenaire, idéaliste dangereux,
il se moque du pouvoir politique, la religion lui est indifférente.
Le protagoniste méprise les hommes et n’a qu’un
amour possessif et maladif pour sa fille Florès. Dans un
sentier à travers la jungle, des indiens portent la litière
où se trouve la fille d’Aguirre. Celui-ci s’approche
d’eux et, pour les presser, les bat et les injurie : «
Avancez, fils de chiens ! » Bien au-dessus de l’humain,
Aguirre pense faire partie de ses rares hommes élus par le
divin qui n’ont pas besoin des chimériques représentations
religieuses pour accomplir son œuvre : celle de Dieu. En réalité,
le religieux n’est qu’un prétexte à l’accomplissement
de sa tâche : « avec ou sans le secours du spirituel,
il allie diaboliquement conformisme et convergence des intérêts,
et rend toute loi purement formelle, toute vérité
sordidement relative.» (9) Aguirre reste un homme de pouvoirs
qui désire posséder et non conquérir. Autoritaire,
il requiert toujours l’obéissance. Il exerce une forme
de pouvoir par la violence : « L’autorité est
incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité
et opère par un processus d’argumentation. »
(10) Aguirre ne transige pas, son parcours n’est pas héroïque,
il reste tout simplement humain avec ses faiblesses physiques, ses
mauvaises capacités d’analyse et de jugement.
Sa fille meurt d’une flèche, l’empereur
décède de la dysenterie, la folie le pousse à
une situation de non-retour ; mais qu’importe ! Ce qui compte
le plus c’est : « ensemble, nous règnerons sur
ce continent. Nous allons réussir, je suis la colère
de Dieu. Qui est prêt à me suivre ? » Cette fureur
contribue à la déréalisation de la quête
aussi absurde que les religieux dans Mission qui tentèrent
d’apporter la bonne parole en Amérique latine. Tout
ceci manifeste l’incarnation d’un pouvoir occidental
qui relève plus de l’économie que du divin.
Les conquistadores sont le fruit d’une déviation colonialiste
dégénérée : « ils ont arraché
les hommes à leur culture, dans le moment même où
ils se ventaient de les cultiver. » (11) Cette dégénérescence
est bien représentée au cours de la séquence
finale : Kinski, seul sur le radeau, déambule comme un pantin
désarticulé. Il touche l’absolu sans le pouvoir,
cette chute étourdissante éclate lorsque la caméra
clôture le film par une rotation autour de l’embarcation.
Le cinéaste dira lui-même : « Je montre le délire
d’un pays tout entier qui s’infiltre peu à peu
à l’intérieur des gens et qui aboutit à
un délire humain. » (12) L’empire du conquistador
est anéanti par un tourbillon métaphorique, il s’agit
de la fin d’un rêve comme Harrison Ford qui tenta de
faire de la glace dans la jungle du Honduras dans le film Mosquito
coast.
Presque aussi surréalistes que les images
d’un film de Buñuel, les protagonistes à la
fin de leur périple ont des hallucinations. Le bateau sur
un arbre caractérise une métonymie de la mer, c’est
la partie pour le tout : le souhait d’Aguirre de rejoindre
l’océan. Cette image annonce Fitzcarraldo tenant du
mythe de Sisyphe : faire passer un bateau d’une branche de
l’Amazonie à une autre par une colline. L’histoire
d’un pari impossible mais nécessaire car selon le cinéaste
: « la vie quotidienne est une illusion qui masque la réalité
des rêves. » (13) Aguirre ouvre un chemin mystique voire
métaphysique : peu importe qu’un objet dont on est
convaincu de l’existence existe matériellement, croire
en lui suffit à le rendre réel. Les conquistadores
étaient persuadés que l’or se trouvait quelque
part. Le film d’Herzog traduit finalement la quête de
l’espace vital.
III) Rêve aryen : chute programmée
Il est certain que le cinéma allemand a
du mal à digérer son passé historique, depuis
l’expressionnisme des années 20 préfigurant
la catastrophe de la seconde guerre mondiale en passant par le «
nouveau cinéma » de Fassbinder : « L’histoire
du cinéma allemand se confond avec celle du siècle.
Le cinéma est devenu l’histoire même de l’Allemagne,
il en est partie prenante […]. Les ruptures y sont plus visibles
qu’ailleurs. » (14) Herzog illustre ce songe prométhéen
et aryen. Il est probable que la musique du groupe Popol Vuh construit
l’image de ce rêve. Cette musique est de type minimal
car elle aurait sans doute moins d’intérêt en
dehors du contexte d’écoute dramatique : « sa
valeur esthétique est inexistante et ne trouve sa véritable
fonction artistique qu’en présence de l’image.
» (15) Le synthétiseur, qui rappelle celui de Vangelis
dans Blade Runner, développe un facteur de présence
irréel : la douceur du son contraste avec l’hostilité
de L’Amazonie.
Documentariste au départ, le réalisateur
ne manquera pas de faire quelques plans fixes sur les Indiens et
les animaux, mais son objectif principal repose sur la construction
d’un parcours romantique qui depuis Goethe a conduit l’Allemagne
à la « défaite de la pensée ».
Celle-ci reposerait sur le concept de Vokseist : « c’est
à dire le génie national ». (16) Les Nazis voulaient
créer un empire de mille ans, Aguirre exprime sa volonté
de puissance : « Moi, la colère de Dieu, j’épouserai
ma fille et fonderai la dynastie la plus pure que la terre n’aie
jamais portée. » La quête de l’impossible,
de l’eugénisme, programme la chute. Aguirre ne réglera
pas ses comptes devant un interlocuteur imaginaire comme Clamence
dans le roman de Camus ; il sera seul devant Dieu, plutôt
face à lui-même dans la réalité. Ce film
se caractérise par un double mouvement : « la passion
pour le réel, la volonté de le saisir, mais aussi
la fascination pour les aspects les plus négatifs et les
plus sombres de l’existence. » (17)
C’est une sorte de néoréalisme
révisé issu de la nouvelle objectivité de la
république de Weimar caractéristique du Septième
Art allemand des années 70, bien que le cinéma d’Herzog
soit atypique, plutôt visionnaire. Cette réalisation
contraste avec la production américaine. Dans Les Aventuriers
de L’Arche perdue, Indiana Jones trouve avant les Nazis l’arche
d’alliance qui aurait donné le pouvoir absolu, mais
il s’agit d’une vision fantastique, pour ne pas dire
merveilleuse au sens littéraire du terme. Chez Herzog, la
vision reste réaliste. L’Eldorado n’existe pas,
il s’agit d’une sorte d’Eden originel qui correspond
à une pensée idéaliste, romantique et merveilleuse
remontant à Siegfried. L’Amazonie devient un dragon
vert. Nous ne sommes pas dans les exhibitions esthétiques
du Reich telles qu’avait pu les filmer Leni Riefenstahl dans
Le Triomphe de la volonté ; au contraire, la caméra
du cinéaste dévoile subtilement et poétiquement
les frasques d’un Hitler refoulé par l’inconscient
allemand masquant à peine la violence la plus primitive.
Aguirre révèle ce qu’il est
réellement : « Celui qui songe à s’enfuir
sera coupé en 198 morceaux. On piétinera son corps
et on en enduira les murs. » Volonté de puissance qui
repose en fait plus sur le désir, la frustration et le vouloir
que sur la modalité du pouvoir et de sa capacité à
agir sur les événements : « Si je veux que les
oiseaux tombent morts des arbres, ils tomberont morts des arbres.
» L’acteur devient presque risible en Attila latin,
il perd la foi en son illumination, le prêtre Carjaval finira
par se rendre compte que : « L’Eldorado n’est
qu’une illusion .» Rien ne rattrape la chute. Alors
qu’Aguirre finit de haïr le genre humain, Nexus 6, alias
Rutger Hauer incarnation du parfait aryen dans Blade Runner, revient
sur sa faute et sauve l’agent Deckard. Dans un dernier sursaut
d’idéalisme poétique Nexus 6 dira : «
J’ai vu de grand navires en feu surgissant de l’épaule
d’Orion, j’ai vu des rayons briller dans la porte de
Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli
comme les larmes dans la pluie. » Le film de Ridley Scott
se termine par une eau rédemptrice venant du ciel Aguirre
achève son rêve, paralysé dans une eau à
l’image d’une surface horizontale, liquide, amniotique
et régressive.
Conclusion
Il est difficile de concevoir Aguirre sans Kinski,
son regard inquiétant, sa démarche conquérante,
son jeu d’acteur reste inégalable. Ecorché vif,
il fut le faire valoir des films d’Herzog. On se souviendra
principalement de Nosferatu, fantôme de la nuit de Cobra verde,
sans oublier La ballade de Bruno et Fitzcarraldo, la production
la plus commerciale du cinéaste. Il est vrai que le mythe
de L’Eldorado a déjà été traité
quelques fois dans l’histoire de l’art en passant par
Candide de Voltaire ou dans les représentations en or du
chef des indiens sur le radeau illustrant la légende. D’autres
semblables ont été trouvées dans les lacs de
montagne de Colombie. (18) Le cinéaste défie l’impossible
: « pour transformer la vie en œuvre d’art à
partir de conditions d’existence minimales. » (19) Herzog
nous donne une belle leçon sur la force de la nature, fable
écologique qui renvoie au courant allemand pacifiste des
années 70.
L’Amazonie présentée par le
réalisateur demeure plus complexe et discrète que
La forêt d’Emeraude de John Boorman. Elle reste aussi
moins maniériste que la gaste forêt magique d’Excalibur.
Comme tous les romantiques possédés avant l’heure
par le Sturm und Drang (20) Aguirre ne comblera jamais le fossé
entre la réalité de la jungle et l’inaccessible
Eldorado. Il se précipitera dans le gouffre chimérique
sans avoir pu localiser réellement ce pays fabuleux que l’on
situait traditionnellement entre l’Amazonie et l’Orénoque.
Cette quête déambulatoire quasi rimbaldienne renvoie
à l’obsession principale du réalisateur qu’il
décrit dans son autobiographie Sur le chemin des glaces :
« En moi, une seule pensée, dominant toutes les autres
: partir ! ». (21) Cette production est difficile à
classer, celle-ci s’apparente au documentaire de fiction et
en même temps elle a toutes les caractéristiques du
film d’aventures : un sujet percutant qu’est l’exploration,
un mercenaire extravagant, un lieu marqué par l’exotisme.
De surcroît, le film s’étend sur le mélodrame,
par moment la caméra frôle le pathétique qui
anime le genre. Aguirre, la colère de Dieu représente
une aventure de la jungle, un documentaire sur l’extrême,
une extase fiévreuse mélodramatique relevant d’une
certaine mythomanie latino-germanique.
Gilles Visy, universitaire à Limoges,
auteur récemment du livre "Le Colonel Chabert au cinéma"
aux Editions Publibook. Plus d'informations, cliquez
ici.
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
ARENDT (H.).- La crise de la culture, Paris : Gallimard,
1972.
EISENSCHITZ (B.).- Le cinéma allemand, Paris
: Nathan, 1999.
EMERY (B.).- Relation du voyage et de la rébellion
d’Aguirre : d’après le manuscrit de Francisco
Vásquez, Grenoble : Million, 1997.
ESQUENAZI (J.P.).- Un radeau nommé délire,
in L’Avant scène, Paris : 15 juin 1978.
FINKIELKRAUT (A.).- La défaite de la pensée,
Paris : Gallimard, 1987.
HAUSTRATE (G .).- Le guide du cinéma : initiation
à l’histoire et à l’esthétique
du cinéma, Paris : Syros, 1985, tome III (1968-1984).
HERZOG (W.).- Sur le chemin des glaces, Paris :
Hachette, 1979.
LITWIN (M.).- Le film et sa musique, Paris : Romillat, 1992.
PALMIER (J.M.).- L’expressionnisme et les arts, Paris : Payot,
tome II, 1980.
SCHNEIDER (R.).- Histoire du cinéma allemand,
Paris : Cerf, 1990.
1- Au XVI è siècle un espagnol nommé
Martinez aurait été jeté sur les côtes
de la Guyane au cours d’une tempête. Conduit à
Manoa, capitale d’un pays soumis à un prince allié
des Incas, il parvint à s’échapper et se retira
à Saint-Jean de Porto-Rico où il mourut. Mais le récit
de son voyage excita et enflamma les aventuriers et l’église
catholique qui tentèrent plusieurs expéditions à
la recherche de L’Eldorado. Sa capitale Manoa renfermerait
des temples et des palais couverts d’un métal précieux.
La zone géographique reste floue car on situe aussi bien
L’Eldorado en Guyane qu’en Colombie.
2- Thématique consacrée à Herzog, Arte, 1995.
3- Il s’agit d’un gentilhomme natif de Navarre qui partit
à la recherche de nouvelles contrées notamment L’Eldorado.
Pedro de Ursúa avait en tout trois cents hommes bien équipés
avec des chevaux, des indiens, cent arquebusiers et quarante arbalétriers.
Il emporta également d’abondantes provisions de bouche,
de la poudre, du plomb, et du souffre. Il était accompagné
de don Lope de Aguirre, mestre de camp, qui selon les manuscrits,
était considéré comme un fou sanguinaire aliéné
par le mirage de L’Eldorado ou au contraire un des grands
libérateurs de l’Amérique latine. Ce récit
de voyage oscille entre le mythe et la réalité comme
toute légende bien que l’expédition ait eu lieu
réellement.
4- Le manuscrit le plus connu est celui de Francisco Vásquez.
Il l’a traduit en 1842 à partir d’une copie du
XVIII è siècle conservée dans la bibliothèque
de la cathédrale de Séville. Le journal original de
Gaspar de Carjaval, retranscrit à plusieurs reprises, remonte
aux années 1561-1562.
5 - C’est la représentation d’un monde harmonieux
tels qu’avaient pu l’imaginer les nazis, sorte d’Eldorado
allemand. Il s’étaient inspirés d’un peuple
de l’antiquité qui avait envahi le nord de l’Inde.
Chez les théoriciens racistes, l’aryen caractérise
un grand dolichocéphale blond issu de ce peuple. Il serait
une métaphore de la race blanche pure et supérieur.
Dans le film d’Herzog, Klaus Kinski en est une manifestation
refoulée avec son physique atypique et son comportement agressif
et expansionniste.
6- HAUSTRATE (G .).- Le guide du cinéma : initiation à
l’histoire et à l’esthétique du cinéma,
Paris : Syros, 1985, tome III (1968-1984), p. 52.
7- Documentaire sur le tournage de Fitzcarraldo réalisé
par Maureen Gosling, production Flowers Films, 1981.
8- SCHNEIDER (R.).- Histoire du cinéma allemand, Paris :
Cerf, 1990, p. 164.
9- EMERY (B.).- Relation du voyage et de la rébellion d’Aguirre
: d’après le manuscrit de Francisco Vásquez,
Grenoble : Million, 1997, p. 184-185.
10- ARENDT (H.).- La crise de la culture, Paris : Gallimard, 1972,
p. 123.
11- FINKIELKRAUT (A.).- La défaite de la pensée, Paris
: Gallimard, 1987, p. 37.
12- ESQUENAZI (J.P.).- Un radeau nommé délire, in
L’Avant scène, Paris : 15 juin 1978, p. 4.
13- Documentaire sur le tournage de Fitzcarraldo.
14- EISENSCHITZ (B.).- Le cinéma allemand, Paris : Nathan,
1999, p. 5.
15- LITWIN (M.).- Le film et sa musique, Paris : Romillat, 1992,
p. 56.
16- La défaite de la pensée…op. cit., p. 16.
17- PALMIER (J.M.).- L’expressionnisme et les arts, Paris
: Payot, tome II, 1980, p. 242.
18- Ne pas confondre le pays imaginaire de L’Eldorado et la
légende de « l’homme doré » nommé
aussi Eldorado. Ils ont un point commun sur le plan sémantique
dorado en espagnol signifie « doré ». Un chef
indien, « l’homme doré » avait pour épouse
la princesse Bachue. Il était d’une jalousie maladive
et l’accusa d’infidélité. Désespérée,
elle se précipita dans un lac et depuis habiterait un magnifique
palais en or élevé dans les profondeurs du lac Guatavita
en Colombie. Cela n’a plus de rapport avec la capitale Manoa
(cf. note 1). Il semblerait que L’Eldorado ait une certaine
polysémie ambiguë.
19- Histoire du cinéma allemand…op. cit., p. 164.
20- Ces deux termes en allemand signifient au premier abord «
tempête » et « assaut », mais ces substantifs
restent difficilement traduisibles en français, les mots
les plus justes seraient « violence » et « désir
». Les romantiques allemands tels que Goethe et Schiller exprimaient
un sentiment de révolte et l’affirmation d’une
image indomptable. Aguirre semble bien répondre à
ces critères.
21- HERZOG (W.).- Sur le chemin des glaces, Paris : Hachette, 1979,
p. 12.
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