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Nous venons de rencontrer Roberto
Perpignani lors des 18èmes
Rencontres Internationales des Ecoles de Cinéma et d’Audiovisuel à la
Cinémathèque de Toulouse (France). Roberto Perpignani
y a représenté l’Ecole
Nationale de Cinéma de Rome (Italie), il enseigne le montage
depuis 1977. Il est également monteur professionnel, collaborateur
de Bernardo Bertolucci et des frères Taviani. L’occasion
d’explorer le parcours d’un monteur témoin actif
du cinéma italien des années 60 et 70 et de mettre
en lumière une profession passionnante trop peu à l’honneur
dans les revues de cinéma. Notre entretien s’est déroulé en
français, une des nombreuses langues que maîtrise
Roberto Perpignani.
1. Apprendre le montage avec Orson Welles
Alexandre Tylski : A
quand remontent vos débuts dans le
cinéma ?
Roberto Perpignani : Quand j’étais adolescent j’étais
intéressé par le cinéma comme n’importe
quel jeune en ce temps-là. C’étaient des années
très riches, le cinéma nous offrait beaucoup, même
les Ciné-Clubs, mais je ne pensais vraiment pas en faire
mon métier. A l’époque, je faisais de la peinture,
puis j’ai étudié la psychologie enfantine.
Le cinéma s’est révélé à moi
quand un ami m’a dit: « Ecoute, on cherche un
jeune pour travailler avec Orson Welles. » Très
bien, disais-je, mais moi je veux faire autre chose dans ma vie
! Mais on me disait : « Oh ! Orson Welles ?! vas-y !
Tu ne peux pas rater une occasion pareille ! »
Et cela m’a pris 6 mois à Fregene près de Rome où Welles
vivait avec sa femme et sa fille. Il était marié avec Paola Mori
qui était une actrice italienne. Il vivait dans une villa au bord de
la mer. Et je les ai rejoint. Il était en train de monter des documentaires
sur l¹Espagne qu’il réalisait pour la télévision
italienne. Le projet de ces films est né quand Welles a dit à la
télévision italienne : « Je peux tout filmer en Espagne,
est-ce que cela vous intéresse ? ». Ce fut une série
de 12 documentaires d’une demi-heure à peu près.
Je suis arrivé et on m’a placé à une
table, une rouleuse, pour que je tienne la pellicule en ordre,
c’était du 16mm. Les premiers jours, je faisais des
choses tout à fait simples, sans me rendre compte tout à fait
de ce qui se passait. Il y avait 2 tables de montage italiennes,
des Prevost, et au bout d’une dizaine de jours, Welles a
dit à mon copain Mariano de m’enseigner à utiliser
la Moviola. Welles a eu la patience de me laisser apprendre jusqu'à que
j'ai su m'en servir. J’avais 20 ans.
Je suis arrivé là-bas en décembre 1961 et
dès que j’ai su me servir des machines, j’ai
commencé à être utile à Welles. On était
3 « monteurs collaborateurs », mais Welles
aimait vraiment beaucoup monter lui-même, mais avec l’aide
de jeunes qui faisions exactement ce qu’il nous disait de
faire: il marquait la pellicule et il nous donnait des instructions
précises, sortir les images, les déplacer, couper,
etc.
AT: Qu’avez-vous appris de cette expérience
avec Welles ?
RP : Au début, je ne savais pas ce que j’avais vraiment
appris en travaillant une année entière avec lui
réalisant exactement ce qu’il souhaitait. Plus tard,
je me suis rendu compte que depuis, je marque la pellicule exactement
comme lui le faisait. La façon de concevoir le travail,
je l’ai apprise de lui et, en effet, j’ai du me rendre
compte que je me comporte de la même façon. Sans le
savoir, j’avais appris sa méthode de travail, quelque
chose d’une richesse énorme. Son truc c’était
de laisser ouvertes les opportunités pour que la matière
lui suggère des pistes.
2. Etre monteur pour Bernardo Bertolucci (1964-1972)
AT : Vous avez ensuite
travailler avec un autre cinéaste-phare,
Bernardo Bertolucci…
RP : Quand on a demandé à Bernardo Bertolucci ce
qu’il pensait des monteurs avec qui il a travaillé,
il disait de Nino Baragli * : « Baragli, il veut contrôler
le matériau. Il impose aux images son idée de montage.
Il attaque la pellicule en sachant exactement ce qu¹il veut
obtenir. » Et en parlant de moi, Bernardo disait: « Roberto,
lui, se laisse envahir par le matériau et il le rend de
façon naturelle à travers un expression de la sensibilité de
genre poétique, plutôt que prosaïque. »
AT : Comment s¹est déroulé le
montage du DERNIER TANGO A PARIS de Bertolucci ?
RP : Les premières 5 bobines, c’est Franco Arcalli
qui a monté. Moi je suis arrivé plus tard quand il
est tombé malade. Bernardo m’a demandé de le
remplacer et j’ai finalement monté le reste du film à l’exception
du final signé Arcalli. Et ç'est toujours Arcalli
qui en a composé la version définitive. Arcalli était
aussi co-scénariste sur le film. Il offrait quelque chose
de plus que moi au film.
AT : Vous avez travaillé près de 10 ans avec Bertolucci.
Qu¹en retenez-vous ?
RP : Beaucoup. C’étaient des années très
importantes pour moi. Et pour le cinéma italien aussi. Des
années où on a tous osé. Beaucoup. Sans réserve,
sans incertitude : on s’est lancé. Et moi je me suis
lancé grâce à la sollicitation de Bernardo.
Il voulait monter son deuxième film PRIMA DELLA RIVOLUZIONE
(1964) avec un jeune monteur, ayant comme référence
les films de La Nouvelle Vague.
Il s’était intéressé au fait que j’avais
monté avec Orson Welles ; je lui disais que j¹avais
juste été « assistant » d’Orson
Welles, mais qu’à cela ne tienne, il m’a engagé en
me demandant une chose nouvelle pour moi : devenir collaborateur
et non pas assistant technique. Et il m’a laissé seul
face au film. Il m’a dit: « Je pars pour les vacances
de Noël, je te laisse une séquence à monter.
Quand je reviens, si tu as monté la séquence, tu
seras le monteur du film. »
Avant ce jour, j’avais démontré ma capacité à suivre
les idées du réalisateur, à me faire instrument.
Mais Bernardo, lui, avait besoin d¹autre chose : que je partage
et que j’ai des idées. Si on regarde ce film aujourd’hui,
c’est un film des plus audacieux. Et j’en suis vraiment
heureux. Bernardo m’a jeté à l’eau. J’ai
appris à nager avec un enthousiasme total. Avec Welles,
j’avais appris à prendre un rythme de travail soutenu.
Avec Welles c’est incroyable le temps passé à monter
durant pendant toute une année ! Mais par la suite ça
a fini par devenir une façon d'être.
Finalement, PRIMA DELLA RIVOLUZIONE
est parti à Cannes
et a été immédiatement reconnu comme un film
qui avait beaucoup de choses à partager avec La Nouvelle
Vague.
3. Etre monteur pour les frères
Taviani (1969-2001)
AT : Votre collaboration
avec les frères Taviani était-elle
différente de celle avec Bertolucci ?
RP : Oui, en tout. Les Taviani sont
davantage rationnels. Mais c’est une rationalité profondément enracinée
dans l’expressivité. Faire arriver sur l’écran
ce qu’on veut exprimer et dire les choses dans une
logique d’impact. C’est une structure très raisonnée.
Bernardo, lui, est plus créatif dans l’instinct, avec
ses mouvements de caméra, etc. plus proche des sens de l’immédiat.
Les Taviani recherche une logique expressive.
Les Taviani, parce qu’ils avaient des petits budgets, ne
pouvaient pas faire trop de mouvements de caméra. Ils ont
donc souvent conçu leurs cadres les uns après les
autres de manière strictement immobile. Alors qu’avec
Bernardo, il est plus commun de voir la caméra sur une grue,
un travelling, etc. Avec lui, la caméra n’arrête
pas de bouger.
Pour SOUS LE SIGNE DU SCORPION (1969),
les Taviani voulaient faire un travelling et la production leur
a dit qu’il n’y
avait pas la possibilité pour poser des rails pour le travelling.
Ils ont donc tourné en deux plans, une image de loin et
une plus près. Sur ce film, au montage, on a fini par mettre
des bouts d’amorces noires pour séparer les images
afin de bien indiquer que chaque chose allait de là jusque-là.
Les coupes créaient des chocs. Donc on ne peut pas dire
que leur cinéma est moins émotionnel ou émotionné qu¹ailleurs.
4. Le montage, une affaire de
sensibilité et d’harmonie
AT : Dans quelle
mesure pouvez-vous dire qu’il y a votre
style sur certains films ?
RP : C’est le résultat d’une sensibilité,
mais tout film à la base, quand le monteur le reçoit,
porte déjà avec soi sa sensibilité. Moi je
rentre dans le flux. On a trouvé, Bernardo et moi, une approche
personnelle, tous les deux. Je ne réagissais pas de manière
machinale, donc il devait y avoir quelque chose de personnel là-dedans,
je le reconnais. Quand je vois certains de mes montages, je ressens
les émotions. Le montage c’est vraiment suivre une
cadence émotive. Il faut davantage sentir que penser. Il
faut se laisser aller. Le montage est le reflet des émotions.
C’est donner forme aux émotions. On sent qu¹on
doit couper avec une certaine exigence émotionnelle.
AT : Théo Angelopoulos dit qu¹une image coupée
lui paraît parfois aussi violent qu’un viol…
RP : Je regrette pour lui. Pour
moi, c’est l’harmonie,
même dans les coupes. Bertolucci par exemple dit que je sens
l’harmonie du tournage, là où d’autres
montages imposent au film une autre harmonie. Ce n’est pas
une douleur vraiment, mais une superposition. Je suis convaincu
que les images ont une portée expressive et qu’il
faut couper quand elles ont justement donné cette portée
expressive. Pour moi, le montage est une harmonie. Mais je ne théoriserais
pas. Si j’étais tellement conscient de ce que je faisais,
je pourrais dire : « Moi j’aime faire ça
ou ça » non. Paradoxalement, cela m’arrive
de dire que le montage se fait tout seul, et que moi je n’y
suis pour rien ! Je ne me dis pas consciemment : « Là je
dois écouter le rythme de l¹image », non ça,
c’est de la rhétorique. On le sent ou non, c’est
tout. Parfois, une image « tient »; une personne
sort de l’image mais l’image, elle, « tient » encore.
Ca sert le vide. Alors on garde le vide !
Dans les années 60 et 70 on a profité de ces « vides »,
des interruptions, des noirs, etc. On a provoqué des troubles.
On a fini par séparer les images plutôt que les réunir.
Les images n’ont pas à être toujours conséquentes.
Chaque nouvelle image apporte quelque chose de différent.
Et si on sent la coupe : tant mieux ! On signifie que le plan suivant
intervient pour dire une chose différente. Faire des raccords
dans le mouvement pour montrer une conséquence c’est
de la triche parfois. Si on place deux photos différentes
l’une à côté de l’autre, on voit
qu’il y a deux intentions distinctes, loin du montage linéaire,
narratif. Séparer les plans c’est mettre en valeur
l’émotion de chaque image. Une continuité divisée
mais construite, cohérente, harmonieuse finalement.
AT : Avez-vous déjà subi des pressions de la part
de producteurs à cause d¹une certaine manière
de monter un film ?
RP : J’ai monté une fois un film qui n’est
jamais sorti. Les producteurs se devaient de faire des bénéfices
pour ne pas faire faillite. Alors ils ont été cherché un écrivain
dont le roman avait bien fonctionné. Ce film s’appelait
LE COUPLE et ils ont demandé à l’écrivain
de faire la mise en scène. J’ai monté ce film
de façon trop sophistiquée. Je ne cherchais pas les
effets, mais en passant à travers une manière plus
souple. Les producteurs n’ont pas accepté que le film
ainsi monté pouvait nourrir un scandale auprès du
public. J’ai été jugé à renvoyer.
Ils ont appelé un autre monteur qui tout de même a
dit : « Le film est bien monté, je n’ai
rien à refaire. »
Il y a un certain type de montage
qui n’est pas fait pour
l’impact immédiat sur le public. Il y a des films
qui permettent de faire un travail de style. Et des films où le
style montre qu¹on s’est un peu entêté à l’obtenir.
Même si parfois, on se dit qu’on ne referait plus le
même montage.
5. Singularités d¹une
profession
AT : Si vous deviez
définir ce qu’il y a de réellement
unique dans le métier de monteur…
RP : Déjà, il me semble qu¹un monteur doit être
assez humble. Il doit absorber les réseaux, il doit les
convertir, les aider à trouver leurs formes. Il doit aider
quelque chose à naître. Mais souvent, le montage ne
se voit pas et personne n’en parle. Quand les gens en parlent,
c’est quand le montage se voit. On pourrait conclure que
le montage ne doit pas se voir sinon il y a quelque chose qui cloche.
Ensuite, si un metteur en scène est un narrateur, le monteur
le devient à chaque fois. Il n’est pas celui qui a
l’exigence de raconter, mais celui mis dans la condition
de raconter avec le matériau existant. Un photographe a
d¹autres réseaux et d¹autres caractéristiques.
Le monteur accompagne le film jusqu’au moment extrême,
il donne quasiment sa forme définitive au film, cela demande
donc du temps et de la patience. Si on est névrosé, ça
ne peut pas aller, car les cinéastes sont souvent déjà eux-mêmes
des névrosés ! Ils rentrent dans la salle de montage
en criant : « A 4 heures cette nuit, je pensais à… » Et
moi je leur dis : « Non, la nuit c’est fait pour
dormir ! » Un monteur doit avoir de la distance et voir
au loin.
Il faut avoir aussi le plaisir d’élaborer des créations
en cours. On met à disposition sa sensibilité, son
interprétation. Un jour on m’a demandé quel
serait le rôle du monteur s’il s’agissait de
construction des cathédrales du Moyen-Age. (rires) Le monteur
c’est comme la maman, qui soigne son petit, le lave, le peigne,
le rafistole, lui met des pansements. Et quand il est prêt,
tu lui dis : « Allez, vas-y, va jouer maintenant. » Le
petit va au festival et la maman reste à la maison.
Le monteur doit arriver jusqu’à la copie finale,
si c’est un monteur. Bien sûr, les gens du son et de
la musique arrivent après, mais, là aussi, c’est
le monteur qui guide ces éléments. Il dirige le travail
des autres. Rien ne doit lui échapper. Jusqu'à la
copie.
6. Monter dans une autre langue ?
AT : Vous avez travaillé avec des réalisateurs non-italiens,
le travail en est différent ?
RP : Michael Radford est venu de
Londres à mon mariage.
Nous sommes amis. Mais je suis très amis aussi avec Miclòs
Jancsò ou avec Susan Sontag. Je reconnais que pour bien
monter, il faut maîtriser la langue dans laquelle le film
a été tourné. Sans cela, on risque de perdre
quelque chose. Sur LE FACTEUR (1994), le film était tourné en
italien, et j’ai aidé Michael Radford, il n’avait
pas les instruments pour comprendre tout parfois ; les acteurs
parlaient en napolitain.
Et inversement, quand j’ai monté son film suivant
tourné en anglais, à Los Angeles, c’est lui
qui m’a aidé, car j’avais des difficultés à saisir
l’argot anglais des boîtes de nuit par exemple. J’ai
vu qu’il avait peut-être besoin d’un autre monteur.
Une autre fois, j’ai monté un film tourné en
Portugais. J’ai appris le portugais avant le montage. Sans
cela, je n’aurais pas pu monter. S’il y a des faits
culturels qu’on ignore, on risque de faire des bêtises.
Connaître non seulement l’expressivité et le
langage partagé, mais aussi le sens ultérieur, derrière
les mots eux-mêmes.
Pendant une certaine période, j’ai fait des recherches
sur le langage justement. Les langages non-verbaux, le langage
du corps. J’ai fait des recherches avec un anthropologue
et ethnomusicologue italien, Diego Carpitella. On a fait des vidéos
sur la gestualité napolitaine, sur la posture et le langage
du corps en Sardaigne et en Sicile. Ce sont des choses très
importantes.
7. Le montage
d’hier à aujourd’hui
AT : Avez-vous eu des influence en terme de montage ? La Nouvelle
Vague ? Les Russes ?
RP : La Nouvelle Vague sûrement. Par exemple, quand je montais
PRIMA DELLA RIVOLUZIONE avec Bernardo, on n’arrêtait
pas de se dire : « Tu te rappelles dans A BOUT DE SOUFFLE
? Tu te rappelles dans LES 400 COUPS ?, HIROSHIMA MON AMOUR ? L¹ANNEE
DERNIERE A MARIENBAD ? JULES ET JIM? etc. »
Sauf que nous n’avions pas les cassettes VHS à l’époque.
Parfois, on ne se souvenait pas précisément de certains
raccords de montage même si on se souvenait de l’émotion.
On se rappelait ce qui avait dénoté, provoqué des émotions
en nous. Nous n’avions aucune intention de « refaire » mais
cela nous donnait l’envie, comme l’autorisation, d’oser.
On s’est senti dans le droit d¹oser. La Nouvelle Vague
n’était pas dogmatique. Je suis contre l’idée
de dogme.
AT : Quel
est votre regard sur la nouvelle génération
de monteurs ?
RP : Dans les années 60/70, on a assumé une nouvelle
approche du montage, pas nécessairement provocatrice, mais
en prenant la responsabilité d’opposer les styles
et les époques de montage. Aujourd’hui, le style de
montage se conforme à toutes les expériences de montage
précédentes, mais ils ont la chance d’avoir
davantage d’exemples de montage à considérer.
J’ajouterai une réflexion: si le style de montage
de la Nouvelle Vague peut se répéter de nos jours,
cela n’a plus le même sens. L’essence expressive,
morale et intentionnelle avait une signification, mais, plus tard,
certains metteurs en scène ont renoncé à pousser
plus loin l’expérimentation. Le marché a fini
par décréter que ce type de montage était
la marque des films d’auteurs, et souvent cela a été pénalisé par
le manque de budget attribué.
Mais curieusement, quand ce type
de montage était sur leur
fin au cinéma, c’est la publicité télévisuelle
qui s’est emparée de ce style. Ils ont découvert
que les ellipses et le cinéma conceptuel, disons soviétique,
créaient un vrai impact émotionnel et leur permettaient
de faire leurs récits concentrés sur l’essentiel,
sur le coup d’œil. Le public recevait quelque chose
de non-narratif qui relevait de l’allusion.
Aujourd’hui, on a une agilité de traitements, mais
qui peut dire ce qu’il reste des provocateurs du montage
? Dans les années 60 et 70 on a fini par démontrer
au public que raconter c’est créer des interconnexions
entre les images avec une raison narrative ou émotive, mais
selon un concept pas nécessairement naturaliste.
Maintenant avec le cinéma dit digital, je ne suis pas attiré par
les effets spéciaux par exemple, mais je suis tout de même
intéressé pour les possibilités qu’offrent
les ordinateurs. Si une image peut ne pas être celle de la
réalité, mais une forme menant à une température
expressive différente, et s’il n’y a plus la
pellicule - qui est une continuité où l’on
peut couper, l’ordinateur peut remettre en question tout
notre rapport aux couleurs et aux formes. C’est du cinéma
encore oui, cela reste de la communication et de l’élaboration,
c’est toujours offrir aux autres. 100 ans de cinéma
c’est beaucoup et pas beaucoup. 100 ans ça passe,
l’expressivité ça continue, et alors cela devient
la révolution.
Propos recueillis par Alexandre Tylski le 13 avril 2003.
Dossier Cadrage « Qu’est-ce qu’un monteur ?» ici :
http://www.abc-toulouse.net/dossiers/dossiers_detail.php?ID=14&o=0
Remerciements : Roberto Perpignani,
Geoffrey Boulangé et
Paul Lacoste (ESAV) ainsi que l’Hôtel Wilson Square
de Toulouse. Photographie par Muriel Casas-Parramon
* Nino Baragli signait le montage
du premier film de Bertolucci (La commare Secca, 1962), dont
le scénario était
en partie signé par Pier Paolo Pasolini (Baragli étant
d¹ailleurs le monteur de Pasolini).
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