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La rédaction de Cadrage tient à
remercier Axel Cadieux pour ce texte inédit d'impressions
dédiées à Paul Vecchiali, un artiste encore
hélas trop peu abordé et reconnu. Nous vous proposons
également ici quelques ressources utiles liées à
l'artiste, en espérant qu'elles sauront mener nos lecteurs
curieux à re-découvrir cet artiste français
d'exception. - Ndlr
Corps à coeur (1978)
Une nuit, sous la pluie. Un feu d'artifice. Voué
à l'échec il projette, dans un son tonitruant, gerbes
colorées, grains de folie, tourbillons énivrants.
Le paroxysme puis la chute, inévitable. Etincelles étincelantes
ravalées par l'obscurité planante. Et la pluie. Franchement,
est-ce qu'une seule, rien qu'une seule de ces gerbes ne s'attendait
pas à ce triste sort ? N'était-elle pas conçue,
destinée à s'éteindre dans la passion ? L'étincelle
est digne et accepte sa vocation. Impuissante, de toute manière.
Car orchestrée par le plus bel artificier du monde ; Paul
Vecchiali. Tragédie.
Mélange des genres, désharmonie des âmes. Désharmonie
des genres ? Mélange des âmes ? Sûrement pas.
L'étincelle nommée Hélène Surgère
ne coulera pas dans les veines du mécano Nicolas Silberg.
Pas totalement en tout cas ; rien qu'un petit moment. Et réciproquement,
sans équivoque. Car oui, indéniablement, le poison
de Silberg se mêlera au sang de Surgère.
Certes, le feu de bengale s'embrase. Lentement mais sûrement,
plus c'est long plus c'est bon, plus c'est long, et plus ils souffriront.
Déjà à l'horizon se profile le bouquet final.
Le dernier, évidemment. Certes, le feu de bengale s'embrase,
dans toute sa splendeur, il roule sur le sable doré, sous
le ciel bleu provençal, il met l'Hélène à
nu, scrute et caresse son corps meurtri par trop de contradictions
; et par la beauté. Ici ses mots la transpercent. Il met
l'Hélène à nu pour l'aimer, et pour finalement
mieux la détruire. Pauvre de lui, il n'aura pas raison de
son propre tourbillon, autodestructeur.
C'est le jeu des contrastes. Chassé-croisé
fatal entre Elle et Lui, et plus que l'amour, c'est la pulsion inconsciente
qui domine ici, qui règne sur ces pauvres corps restés
dignes jusqu'au fond des pupilles, en dépit de leur issue
certaine. Des pupilles formidablement froides et faibles et sensibles,
formidablement pudiques. Le quotidien de la réalité
supérieure se combine à celui de la Rue et de la Pharmacie
pour mieux se faire voir, pour mieux se faire envier. Pour se rendre
accessible ? La verve poétique, la tirade tragique se conjugue
à la formule brute, à l'injonction sauvage ; "
crache dans ma bouche ". Fabuleux car n'existant pas l'un sans
l'autre. A l'image de leurs auteurs. Fécondés pour
se rencontrer, enfantés pour s'entretuer ( Silberg n'a pas
d'avenir ). C'est le jeu des contrastes ; Vecchiali habite, investit,
prolonge les univers du pain avec ceux du cosmos pour finalement
mieux les comprendre ; cohésion parfaite, ils ne font plus
qu'un.
Racine et Corneille peuvent aller se rhabiller ; Vecchiali, qui
combine l'image et la prose, signe de sa plume pelliculaire une
oeuvre nommée Beauté.
En haut des marches (1983)
Cramée. Inexorablement, l'image est cramée.
Jaunie par la force du soleil provençal, mais également
par l'usure du temps. Vecchiali ne lutte pas. Au contraire, il accentue
le phénomène. Il sait qu'avec le temps, tout s'en
va, mais également que c'est au fil des ans que son oeuvre
prendra toute sa mesure et éblouira sa vieillesse ( et notre
jeunesse, magie du cinéma ), un peu à l'image de ces
vieilles vidéos familiales tournées en Super 8, qui
font véritablement sens au bout de longues années
de maturation. Ainsi, Vecchiali accepte la marche de l'existence
pour mieux la cerner, pour mieux la mettre en relief. Ici, pas de
pseudo-philosophie prônant le plaisir présent, mais
bel et bien un murmure du coeur, juste et vrai. Qui résonnera
dans les corps, vivifiant, transcendant les organes, tant que la
pellicule et les témoins qu'elle aura investi survivront.
De corps à coeur, il n'y a qu'un pas. La parfaite cohésion
de l'oeuvre.
Deux femmes auront bouleversé la vie de Paul Vecchiali. C'est
par bribes, par instants, par tranches de vie ici sacralisées
qu'il choisit de rendre hômmage à la première,
sa mère ; et c'est la seconde qu'il choisit pour l'incarner,
à savoir Danielle Darrieux. A cet aspect personnel et profondément
intimiste viennent se greffer d'autres facteurs : le contexte géographique,
mais également politique. Le tout se mêle, se croise
et se chevauche, la vie privée influence les évènements
nationaux, et inversement. C'est le tissu du temps, l'égalité
du regard sur l'histoire. Et en l'occurence, les pupilles de Vecchiali
voient juste. Le cadeau de cet homme n'est pas un film ; c'est la
porte de la sensibilité. Cette envie d'offrir émane
du deuil maternel, de la perte d'un amour qui bouleverse le corps.
Puis, au fil des jours, le besoin d'offrir. L'envie. Surgissent
les souvenirs, parfois anodins, parfois dramatiques. Et, tout en
haut des marches, les plus importants demeurent. Jugement subjectif,
oui, et c'est bien là qu'est la beauté de la démarche.
Forcément impudique mais timide, Vecchiali dévoile
ce qui lui fait battre le coeur.
Et le vieil homme émeut. La richesse de la réflexion
n'a d'égal que la beauté de la mise en scène,
sobre, mais toujours immaculée d'une certaine forme d'amour.
D'une infinie tendresse. A l'image d'une comptine pour enfants ;
douce et lente, prenant le temps d'assimiler l'atmosphère,
le geste, le mot, la vie. Et, dans l'ombre, la mort. Magnifique.
La fin du générique. Le rideau se baisse. Vecchiali
est là, dressé, et la sagesse transperce. On ne peut
s'empêcher de l'aimer.
FILMOGRAPHIE (complétée par
Mr Paul Vecchiali lui-même)
Acteur
A vot' bon coeur (2004), de Paul Vecchiali
En haut des marches (1983)
Corps à coeur (1978)
La Machine (1977)
Le Bonheur (1965), de Agnès Varda
Trous de mémoire (1984)
Réalisateur &
monteur
A vot' bon coeur (2004)
La Marquise est à Bicêtre (inachevé)
La Machine (1997)
L'@mour est à réinventer (1996)
Zone franc(h)e (1996)
Les Boulingrin (1995)
Wonder Boy (1994)
Once More (Encore) (1987)
Le Leurre (1989) (c.m.)
Avec Sentiment (1989) (c.m.)
Le Cafe des jules (1988)
Rosa la Rose (1985)
En haut des marches (1983)
L'Archipel des amours (1983)
Corps à coeur (1978)
Maladie (1978)
L'Etrangleur (1972)
Femmes, femmes (1974)
Le Récit de Rébecca (1963) (m.m.)
Les Roses de la vie (1962) (c.m.)
Les Petits Drames (1961)
Scénariste
A vot' bon coeur (2004), de Paul Vecchiali
La Machine (1997), de Paul Vecchiali
Avec Sentiment (1989) (c.m.)
Rosa la Rose (1985), de Paul Vecchiali
Trous de mémoire (1984)
En haut des marches (1983), de Paul Vecchiali
L'Archipel des amours (1983), de Paul Vecchiali
Corps à coeur (1978), de Paul Vecchiali
Change pas de main (1975)
Femmes, femmes (1974), de Paul Vecchiali
L'Etrangleur (1972)
Les Ruses du Diable (1965)
Nick Carter et le trèfle rouge (1965)
Le Récit de Rébecca (1963) (m.m.)
Les Roses de la vie (1962) (c.m.)
Producteur & monteur
+ SI @FF (2003) de Paul Vecchiali
A vot' bon coeur (2004), de Paul Vecchiali
Zone franc(h)e (1996) de Paul Vecchiali
Wonder Boy (1994) de Paul Vecchiali
La Fille du Magicien (1988) de Claudine Bories
Le Cafe des jules (1988) de Paul Vecchiali
Once More (Encore) (1987) de Paul Vecchiali
Beau temps mais orageux (1986) de Gérard Frot-Coutaz
Simone Barbès ou la Vertu (1980), de Marie-Claude Treilhou
Cauchemar (1980), de Noël Simsolo
Les Belles Manières (1978), de Jean-Claude Guiguet
La Machine (1977), de Paul Vecchiali
Le Théâtre des matières (1977) de Jean-Claude
Biette
Eloïse de Liliane de Kermadec
Change pas de main (1975) de Paul Vecchiali
Jeanne Dielman (1975) de Chantal Ackerman
Femmes, femmes (1974), de Paul Vecchiali
Sweet Home de Liliane (1973) de Kermadec
L'Etrangleur (1972) de Paul Vecchiali
Le Soldat Laforêt (1971) de Guy Cavagnac
L'enfance nue (1968) de Maurice Pialat
Le Père Noël a les yeux bleus (1966) de Jean Eustache
Les Ruses du Diable (1965) de Paul Vecchiali
Les Mauvaises fréquentations (1963) de Jean Eustache
Producteur exécutif
Le Theatre des matières (1977), de Jean-Claude Biette
Chef monteur
A vot' bon coeur (2004), de Paul Vecchiali
Le Cafe des jules (1988), de Paul Vecchiali
Rosa la Rose (1985), de Paul Vecchiali
BIBLIOGRAPHIE
Vadre retro (2004)
Les parfums de l'aurore (2004)
Indécente mémoire (2003)
Quand meurt le fantastique : cinq nouvelles (2002)
Poussières ; pièce en un acte et cinq tableaux (2002)
Le Poulpe : la pieuvre par neuf (2000)
Les frontières de l'aube (1999)
BIOGRAPHIE
Polytechnicien, critique aux "Cahiers du cinéma",
puis à "La Revue du cinéma", Paul Vecchiali
aborde la réalisation en 1961 avec "Les Petits drames".
Il réalise ensuite des courts et des longs-métrages,
des téléfilms et des séries pour la télévision
qui forment un ensemble cohérent, de par leur style et leur
façon d'aborder des thèmes de sociétés
: la peine de mort avec "La Machine" (1977), le sida avec
"Encore/Once more " (1987) ; ou des sujets plus psychologiques
: le désir d'un homme jeune pour une femme plus âgée
avec "Corps à coeur" (1979), deux comédiennes
de comédie musicale en mal de rôles pour "Femmes,
femmes" (1974), beau et douloureux portrait en noir et blanc,
ou encore le milieu de la boxe avec "Wonderboy/ De sueur et
de sang" (1993), film avec lequel il revient vers le cinéma.
Mais Paul Vecchiali est aussi producteur. Il a produit au sein de
sa société "Diagonale", Jacques Davila,
Jean-Claude Guiguet, Gérard Frot-Coutaz, Marie-Claude Treilhou,
Jean-Claude Biette etc., créant là aussi, un espace,
un "style". (Source: Unifrance)
Rermerciements particuliers à Mr Paul Vecchiali.
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