|
Les années
1990 sont marquées, au cinéma, par une production
mondiale dominée par le spectre d'une économie culturelle
restreignant de plus en plus la production indépendante et
la liberté créative de l'artiste. À ce titre,
EYES WIDE SHUT marque peut-être la fin d'une époque
à Hollywood, où «l'erreur Kubrick» - soit
celle du génie visionnaire indépendant imposant sans
concession son oeuvre aux grands studios - semble belle et bien
rompue au profit d'une démagogie inégalée.
C'est le retour au modèle héroïque américain
et aux sources de la narration classique conservatrice, tels que
ramenés de façon triomphale par l'émergence
du cinéma à grand déploiement de type spielbergien
dans les années 1970-80 et qui a atteint dans les années
1990 des sommets d'aberrations idéologiques et esthétiques
de toutes sortes (avec entre autres les GLADIATOR, INDEPENDANCE
DAY, THE PATRIOT, ARMAGEDDON, SAVING PRIVATE RYAN et autres opus
du genre). Mais si la situation semble inquiétante, l'acharnement
de certains créateurs laissent espérer (soyons utopiques)
en de plus beaux lendemains pour le cinéma américain
et celui de ses voisins plus modestes. Foisonnement de jeunes auteurs
en France, continuation d'un cinéma indépendant américain
plein de vitalité, consécration des vieux routiers
dans le déclin d'Hollywood, explosion du cinéma asiatique,
inventivité des cinéastes du Nord (Von Trier en tête),
et j'en passe.
Afin d'effectuer un bref
retour sur cette décennie 1990 finissante, tâchons
ici de brosser un portrait sommaire de quelques-uns de ces auteurs
visionnaires (parmi tant d'autres) que nous affectionnons particulièrement
à CADRAGE, et qui combattent toujours pour imposer leur cinéma
au pouvoir économique dominant et au goût conservateur
du jour.
André Forcier
ou le repositionnement de la réalité et de la postmodernité
Par Bruno Cornellier
Dans
L'acte photographique, Philippe Dubois affirmait que «par
le travail (le codage) qu'elle implique, surtout sur le plan artistique,
la photo va se faire révélateur de vérité
intérieure (non-empirique). C'est dans l'artifice même
que la photo va se faire vraie et atteindre sa propre réalité
interne. La fiction rejoint, voire dépasse, la réalité».
Il poursuit plus loin: «[C'est] l'intériorisation du
réalisme par transcendance du code lui-même (1)».
Sans le savoir, Dubois met ici en mots ce que les films du cinéaste
québécois André Forcier, dans leur inexplicable
et fascinante incertitude, mettent en sons et en images dans leurs
discours sur la réalité et le fantasme.
Ayant connu ses heures de
gloire en 1976 avec L'EAU CHAUDE, L'EAU FRETTE, l'oeuvre de Forcier
éclate, 7 ans plus tard, et le fantaisiste, jusqu'alors en
latence dans le réalisme de son oeuvre, émerge de
l'imaginaire de ses personnages et prend dorénavant le contrôle
total des images. AU CLAIR DE LA LUNE et les films suivants en sont
la consécration. Toutefois, l'auteur-cinéaste se fait
rare: trois films seulement dans les années 1990. Mais son
oeuvre, en constante évolution, éclate toujours: éclatement
des personnages, éclatement des genres, éclatement
des différentes lignes narratives qui se croisent et se relancent.
C'est UNE HISTOIRE INVENTÉE [1990], LE VENT DU WYOMING [1994]
et LA COMTESSE DE BATON-ROUGE [1997].
On peut alors placer l'oeuvre
récente de Forcier dans la perspective du cinéma postmoderne
non pas nécessairement pour l'y intégrer aveuglément
mais pour en critiquer les fondements. Dans ce monde où nous
avons l'impression que tout a été fait et tout a été
dit, une certaine gamme du cinéma récent a décidé
de jouer le jeu de la complaisance des codes de représentation
anciens non pour en revoir les fondements et y appliquer un discours
nouveau sur le cinéma et la société qui l'a
produit (comme le font le cinéma des frères Coen et
celui de Tim Burton, par exemple), mais pour s'assurer au contraire
de l'adhérence de son auditoire par l'exploitation des formes
d'une avant-garde passée au crible de l'institution dominante
et du commerce, refermant ainsi tout discours sur la réalité
et exploitant le kitsch dans une position de pouvoir (des vidéo-clips
de MTV en passant par AUSTIN POWERS jusqu'au tout récent
CHARLIE'S ANGELS). Le cinéma de Forcier, unique en son pays
autant qu'en terre étrangère, vient au contraire adhérer
aux formes et conventions du cinéma qui l'a fait naître
afin de les repositionner non pas simplement dans un univers fantastique
et onirique, ni dans celui du commerce publicitaire, mais plutôt
dans un réalisme populaire où la dureté du
réel est subjuguée par l'imaginaire de personnages
nourris des images factices qui inondent leur existence. Forcier
arrive ainsi à faire éclore le réel en dévoilant
la facticité des codes du réalisme; et il arrive du
même coup à se repositionner dans un cinéma
postmoderne ne se limitant pas qu'à la performance fermée
de l'image, mais arrivant à ramener en surface la question
essentielle du réel: un «réel» émergeant
de la facticité des images et des codes de représentation
modernes. Et le cinéma de fiction québécois
survit et se nourrit en lui.
(1) Philippe Dubois, L'acte
photographique, Paris/Bruxelles, Fernand Nathan/Éditions
Labor, 1983, p.38-39.
Woody Allen et le
fétichisme non-manipulable
Par Marie-Claude Mercier
Comme
semble le dire si bien le cinéaste sexagénaire dans
son récent SWEET AND LOWDOWN, on ne peut prétendre
connaître un homme que par son art. Ainsi, on ne prétendra
pas ici connaître Woody Allen. Mais il semble clair que l'art
aura contribué grandement à «sauver» ce
désaxé autodestructeur vivant dans l'excès
permanent (sexe, barbituriques de toutes sortes, etc.). Le «cinéaste
vieillissant a compris que cela ne se produirait jamais ailleurs
que dans ses films» (1).
L'oeuvre de Woody Allen
sort du cadre hollywoodien par son extrême densité
et complexité - le cinéaste créant des films
à propos du cinéma par son approche autobiographique
(cela semble assez évident), avouant l'indistinction ou le
flou existant entre l'art et sa vie.
Ses thèmes fétiches
sont nombreux: femmes, sexualité, famille, tradition, religion,
magie, créativité, crainte de l'échec, peur
de la maladie, psychanalyse, etc. Le style du réalisateur
est unique: «je n'aime pas trop les histoires trop réalistes»
affirme-t-il (2). Dans son cinéma, le metteur en scène
incarne la toute-puissance en adoptant un regard voyeuriste sur
le monde. Sa narration, où les personnages défient
le spectateur en s'y adressant directement, est non-linéaire
et non-chronologique. Il y existe un va et vient constant entre
la fiction et le réel, moulant cette réalité
en une forme désirée. Par exemple, Allen introduit
des barrières entre la caméra et l'action (vitres,
fenêtres) pour rappeler sans cesse au spectateur que celui-ci
est bel et bien témoin d'une fiction. Il va même jusqu'à
interpréter des personnages qui eux aussi s'expriment par
recours à la fiction (un cinéaste dans STARDUST MEMORIES,
un écrivain dans DECONSTRUCTING HARRY, etc.). Et ses films
forment un cycle, un double mouvement: ils tirent le quotidien vers
le rêve pour ensuite effectuer un retour cruel vers la réalité
(voir LA ROSE POURPRE DU CAIRE).
Et si l'on regardait plus
en profondeur certaines productions datant des années 1990
pour en dégager un fil conducteur: DECONSTRUCTING HARRY répond
à son précédent EVERYONE SAYS I LOVE YOU, le
récit du premier, à l'allure plus sombre, faisant
usage d'un rythme décousu (d'ailleurs voulu), alors qu'à
l'opposé, les «nouvelles littéraires imagées»
y étant insérées sont très linéaires
et exemptent de faux raccords. Le personnage central est inadapté
à l'existence et «se contente seulement de survivre
à l'époque qui est la sienne» (3). Et on reconnaît
au film, ainsi qu'à SHADOWS AND FOG, une influence expressionniste
certaine (voyage en enfer, «ombres et brouillard») qui
frôle la parodie.
Revenons à nos moutons:
en quoi consiste le lien nécessaire existant entre Woody
Allen et les années 1990? Peut-être est-ce dans le
fait singulier que le réalisateur, ayant marqué tout
comme Kubrick ou Altman (quoi que par un style tout différent)
le cinéma américain des années 70 et 80, s'y
distingue toujours par le foisonnement et la poursuite obstinée
de son oeuvre? Car si la période dont il est ici question
fut caractérisée par une médiocre production
chez nos amis californiens, ce sont les cinéastes comme Allen
(appartenant à un certain courant indépendant minoritaire)
qui, insatisfaits par l'insuffisance de leur cadre de production,
ont formé cet unique réservoir de talent qui parvient
toujours, dans l'ère du «politiquement correcte»,
à choquer et à innover. Et si le surnaturel, l'inconscient
et l'imaginaire sont des thèmes qui ont été
très peu étudiés sérieusement lors de
cette période - peu d'artistes s'étant attardés
à ces «aspects essentiels de la vie» - encore
moins nombreux sont ceux qui y sont parvenus avec autant d'humour
que Woody. Toutefois - ironie du sort - l'humour n'est-il pas chez
lui, en quelque sorte, une forme de désespoir?
(1)AMIEL, Vincent, «Les
fantômes de Woody Allen», dossier sur WA dans Positif
1999.
(2)CIMENT, Michel, Entrevue: «Tous mes films ont un rapport
avec la magie», dossier sur WA dans Positif 1999.
(3)GARBORZ, Franck, «Manhattan; une autre femme: Entre désarroi
sentimental et solitude», dossier sur WA dans Positif 1999
David Cronenberg:
Cinéaste-chirurgien
Par Philippe St-Germain
La
production cinématographique de David Cronenberg au cours
des années 1990 - quatre films - ne fut pas la plus large,
mais je crois qu'il faut trouver ailleurs les raisons expliquant
la marque indélébile qu'il a laissée sur les
dix dernières années. Tout d'abord dans les films
eux-mêmes, plus précisément dans leur étendue
et leur variété. De 1983 à 1996, héritier
d'Orson Welles et de Stanley Kubrick, il a ramené à
l'avant-plan un art en voie de disparition, celui de l'adaptation;
deux des chefs-d'oeuvre de cette période ont été
mis en scène durant la décennie passée: il
s'inspira du roman-culte NAKED LUNCH [1991] d'une façon si
personnelle que le film résultant de la confrontation de
ses propres idées avec celles de William Burroughs devint
à la fois un commentaire - élogieux, critique ou contemplatif,
par intervalles - sur Burroughs et ses livres, ainsi que la poursuite
captivante de thèmes intrinsèques à son art
particulier. Avec CRASH cinq ans plus tard, le procédé
de l'adaptation voisinera l'extrême opposé de son cousin,
étant aussi intensément objectif que l'autre se voulait
subjectif - les textures, sombres, molles et pessimistes de NAKED
LUNCH, sont ici fixes, claires, absolument pures et étrangement
idéalistes. Avec M. BUTTERFLY [1993], Cronenberg ne prend
par surprise que la part la plus réticente du public et persiste
à étudier le mode de vie de l'homme, la façon
avec laquelle ses propres constructions (physiques et morales) dictent
sa ligne de conduite; EXISTENZ [1999], son premier film tourné
à partir d'un scénario original depuis VIDEODROME
[1982], se veut tant un retour aux sources qu'un plongeon dans l'avenir,
rendant hommage à quelques-unes de ses inspirations (dont
l'écrivain Philip K. Dick) et alliant de façon ambiguë
un intérêt certain pour la technologie avec une conscience
accrue de ses effets. En plus de l'oeuvre, prenons note d'une apparition
controversée à Cannes en 1999, alors que Cronenberg
a choqué l'establishment en ne se pliant pas aux caprices
d'une critique essoufflée, extirpant plutôt toutes
les parties concernées - festivaliers, critiques, distributeurs,
producteurs et cinéphiles de par le monde - de toute zone
de confort. Comme sur pellicule, quoi.
Tim Burton, le cinéma
des visions
par Alexandre Tylski
"Pour
représenter la dernière décennie du deuxième
millénaire, il aurait été aisé d'aller
vers Tarantino ou les frères Coen. On aurait aussi pu parler,
pour la France, de Despléchin et Kassovitz, Kitano et Wong
Kar Waï pour l'Asie, Moretti et Benigni pour la survie du cinéma
italien, les frères Dardenne pour la Belgique, Almodovar
pour un cinéma espagnol international, Kusturica et Mikhalkov
pour l'Europe de l'Est, Boyle et Loach pour la Grande Bretagne,
Lars Von Trier pour le Nord. On aurait aussi pu aborder l'invasion
des femmes cinéastes (Campion en tête), ainsi que la
consécration dans cette même décennie des anciens:
Eastwood, Altman, Chahine, Angelopoulos. Mais c'est de Tim Burton
dont j'aurais aimé parler ici pour les années 1990.
Tim Burton, en une décennie,
a réalisé une série impressionnante de très
beaux joyaux du septième art: EDWARD SCISSORHANDS, BATMAN
RETURNS, THE NIGHTMARE BEFORE CHRISTMAS, ED WOOD, MARS ATTACKS et
SLEEPY HOLLOW. Des films au style si reconnaissable et si fort qu'ils
me font croire toujours et encore à la vie du cinéma
dans toute sa démesure et sa beauté. Certains regrettent
dans cette décennie variée et mouvementée la
disparition de quelques visionnaires (Fellini, Kubrick), mais avec
un cinéaste tel que Burton, «le cinéma des visions»
est bel et bien encore en grande forme. L'imagination toujours au
rendez-vous avec les spectateurs de tout poil.
Les années 90 ont
vu aussi partir des marginaux du cinéma comme Bresson, Malle,
Fuller, mais avec le renouveau poétique, en marge, de Tim
Burton, c'est la relève assurée. Burton a montré
qu'on pouvait encore être imaginatif et subversif alors que
beaucoup pensaient que tout était dit après un siècle
de cinéma. Un tout petit siècle d'existence. Le grand
écran est à l'aube de son histoire! Et Burton a une
personnalité qui fait du septième art une forme d'art
vitale et vivante, car, en dépit d'un système économique
de plus en plus carcéral, il a la volonté de créer
des oeuvres personnelles qui donnent toute sa passion et son originalité
au grand cinéma."
Les frères
Coen, naturalistes fantasques
Par Romain André
Si
Joel Coen est le plus souvent crédité comme seul réalisateur
et Ethan comme seul producteur, tout cela n'est que crédits
officiels. Les frères Coen sont une entité bicéphale
qui scénarise, réalise et produit ses films. Complémentaires
jusqu'au bout des ongles; la mine joyeuse d'Ethan et celle plus
renfrognée de Joel sont la personnification même des
masques de la comedia de l'arte...
Depuis 1984 et «Sang
pour sang» (BLOOD SIMPLE), les deux frères intriguent.
Ils sont passés de monteurs de films d'horreur (notamment
EVIL DEAD de Sam Raimi) à cinéastes reconnus et palmés
en moins de dix ans. Ils ont imposé leur cinéma reconnaissable
en deux plans et trois notes de musique en revisitant des schémas
classiques: du polar (en s'inspirant des romans de James M. Cain
pour BLOOD SIMPLE) jusqu'à la comédie musicale (en
adaptant très librement l'Odyssée d'Homère).
Les frères Coen filment
des lieux: le Minnesota dans FARGO, la Californie dans THE BIG LEBOWSKI,
Hollywood dans BARTON FINK et le Mississipi dans O'BROTHER WHERE
ART THOU; et des époques: le début du siècle
dans O'BROTHER?, les années 20 dans MILLER'S CROSSING, les
années 40 dans BARTON FINK, les années 60 dans THE
HUDSUCKER PROXY.
Mais les frères Coen
filment également des individus, qui font corps et âmes
avec ces lieux et ces époques. C'est plus ou moins du naturalisme.
Mais le grand malheur de leurs personnages, c'est qu'ils sont amenés
à quitter leur milieu naturel. C'est à partir du moment
où un employé devient PDG, où un «looser»
établi mène une enquête pour le compte d'un
milliardaire, où un voleur multirécidiviste veut fonder
une famille, où un dramaturge social se retrouve à
Hollywood, que le monde commence à se disloquer.
Joel et Ethan Coen peignent
des nigauds et les placent dans des situations qui demandent des
héros charismatiques. C'est l'histoire de bonshommes qui
n'ont pas les moyens de porter leurs propres histoires. Qu'ils kidnappent
un bébé, qu'ils fassent kidnapper leur femme ou qu'ils
aient à retrouver des kidnappeurs: les situations changent
mais le problème reste le même: ils sont incapables
d'assumer leur situation. Bref, les frères Coen racontent
dans chacun de leurs films ce qui se passe quand un guignol veut
prendre la place d'Ulysse.
Si leur démarche est
proche du naturalisme, leur style s'écarte assez du réalisme
d'Emile Zola ou de Jean Renoir. Que ce soit sous couvert de rêves
psychédéliques dans THE BIG LEBOWSKI ou de final onirique
dans BARTON FINK, ils n'hésitent pas à truffer leur
cinéma d'éléments fantastiques. Ne soyez pas
étonnés par exemple de voir surgir un Deus Ex Machina
sous les traits d'un motard de l'Apocalypse ou d'un concierge maître
du temps. Les frères, quand l'envi leur en prend, font s'auto-enflammer
les hôtels et stoppent la chute de leurs personnages.
Les frères Coen manipulent
tant leurs personnages et leur public qu'on se demande s'ils ne
sont pas eux-mêmes manipulés par leur scénario.
L'état de
nature chez Terrence Malick ou l'homme aux plans de coupe: Autopsie
d'une figure d'autorité en matière d'humanisme cinématographique
Par Jonathan Harmon
Tâchant
toujours de situer l'homme au sein d'une force plus haute et plus
puissante que lui, Malick se dresse en tant que cinéaste
de la nature, décortiquant les principes moteurs d'une force
transcendante, mitraillant de ses images florissantes un spectateur
bouche-bée, émus et dégoûté. Miroirs
de l'espèce humaine que sont BADLANDS [1973] et DAYS OF HEAVEN
[1978], et encore, THE THIN RED LINE [1998]. Jamais l'on aura vu
guerre si puérile, et surtout guerriers si humains: «J'ai
tué un homme et personne ne me condamne, c'est pourtant l'un
des pires crimes que je puisse commettre envers l'humanité».
Posant constamment la question du naturel de la guerre et du massacre,
de la sauvagerie, de la vengeance et du pouvoir, Malick triomphe
par son approche poétique, à fleur de peau. C'est
par le coeur que je comprends Malick, un coeur qui en a marre parfois
de ne point être assez sollicité. Soit l'on m'en donne
trop et je ne peux digérer, soit l'on me prive de ce que
j'adore le plus au monde (dans la connaissance que j'en ai): l'humanité
et son principe.
En donnant la parole aux
fougères, en laissant crier les arbres, en faisant danser
les herbes, Malick semble tout expliquer. Il suffisait donc de montrer
un ou deux perroquets, ici et là, afin de nous faire comprendre
qu'autour de nos barbares passe-temps, existe un univers qui nous
englobe et nous constitue. Sommes-nous si idiots pour ne pas voir
la vie qui se dresse à nos côtés. Cette fleur
qui germe et que Malick a si bien filmée, cette ombre qui
se couche sur le sol, sur ces hommes apeurés, sur le point
de s'entretuer.
|