Jean-François
HOUBEN est notamment l’auteur de la récente et volumineuse
anthologie « 1000 Compositeurs de Cinéma »
(Ed. Cerf Corlet, 2002).
Dès 1962, avec ses partitions pour le
western Seuls sont les indomptés puis pour le drame Freud,
Jerry Goldsmith s’est révélé l’un
des compositeurs de cinéma américains les plus éclectiques
et les plus inspirés. Passionné par le 7eArt (au
point de n’écrire que très peu d’oeuvres
hors cinéma, télévision et radio), Goldsmith
a révélé un singulier talent de compositeur
et de dramaturge au travers de musiques aux styles souvent contrastés
pour des films de tous genres (drames, comédies, westerns,
thrillers, films de science-fiction, de guerre, d’aventure...).
On a estimé que toutes les minutes, est diffusé
quelque part dans le monde un film ou un programme TV ‘musicalisé’
par Goldsmith.Il est une sorte d’extraordinaire «
compositeur-caméléon » (selon l’expression
de Lalo Schifrin, compositeur lui-même très éclectique).
Biographie
Né Jerrald K.Goldsmith le 10 février
1929 * à Los Angeles, cet Américain apprit le piano
dès l’âge de 6 ans. Il fut, à 13 ans,
l’élève de Jakob Gimpel pour le piano. Il
étudia à 16 ans la composition, le contrepoint et
la théorie musicale avec Mario Castelnuovo-Tedesco. Celui-ci,
compositeur de cinéma occasionnel, surtout connu dans le
domaine classique (né à Florence en 1895 et décédé
à Los Angeles en 1968) eut parmi ses élèves
divers « compositeurs de cinéma » illustres
: Henry Mancini, André Previn et John Williams. Goldsmith
fut, par ailleurs, l’élève de Buddy Baker
(compositeur ‘Disney’ né en 1918 et décédé
en 2002).
Goldsmith suivit des cours de composition pour
le cinéma données par Miklos Rozsa (1907-1995) à
l'Université de Californie du Sud. Rozsa composa de nombreuses
musiques pour le 7eArt, notamment celle de Spellbound (La Maison
du Docteur Edwards, d’Alfred Hitchcock) : selon les propos
de Goldsmith, c’est cette musique-là qui le fascina
et suscita sa vocation de « compositeur de cinéma
».
Les débuts de Goldsmith furent modestes
: il fut engagé comme copiste à la radio-télévision
CBS en 1950 (il était tout fraîchement marié).
Assez rapidement, il s’y imposa comme compositeur et chef
d'orchestre. Sa toute première composition fut destinée
à la radio.Plusieurs des musiques composées par
Goldsmith pour des dramatiques télévisées
étaient enregistrées... en direct : Goldsmith jouait
lui-même au piano ou à l’orgue au sein de petits
ensembles. Nul doute que ce rude apprentissage stimula son imagination
et perfectionna son savoir-faire.
Goldsmith musicalisa son premier film majeur
en 1962 : Seuls sont les indomptés. Grâce au soutien
d’Alfred Newman (compositeur et directeur musical qui aida
des compositeurs aussi admirables que Bernard Herrmann et Alex
North), il put composer la musique de ce western interprété
par Kirk Douglas. Vinrent ensuite la partition (enregistrée
en Europe) du film Freud de John Huston puis celle de La Canonnière
du Yang-Tsé de Robert Wise.
Goldsmith s’était d’emblée
affirmé comme l’un des compositeurs majeurs du cinéma
américain.
Ont suivi, jusqu’à ce jour, plus
de 200 musiques de films et de télévision : certaines
parmi les plus remarquables de l’histoire de la musique
de cinéma (Freud, La Planète des singes, Chinatown,
Le Lion et le vent, Alien, Under Fire, Legend...) sur lesquelles
je reviendrai plus loin.
Hors cinéma et télévision,
Jerry Goldsmith n’a que très peu composé –
à la différence, par exemple, de son ami et mentor
Alex North (1910-1991).
Ses principales oeuvres de « musique pure
» sont Music for Orchestra (oeuvre dodécaphonique
dirigée en concert par Leonard Slatkin en 1971 et 1976,
puis par Esa-Pekka Salonen en 1988), la cantate Christus Apollo
(avec laquelle Goldsmith accomplit ses débuts de chef d’orchestre
dans les salles de concert), le ballet Othello (inscrit au répertoire
du Ballet National d’Australie), Fireworks : A Celebration
of Los Angeles, Soarin’ Over California (composé
pour un parc d’attractions).
Ses influences, son style musical et
son rapport à l’image
Au fil des années, Jerry Goldsmith a cité
comme certaines de ses influences majeures : Bela Bartok, Alban
Berg, Claude Debussy, Krzystof Penderecki, Maurice Ravel, Arnold
Schoenberg et Igor Stravinsky. Il précisa (en 1988) : «
pas de compositeurs de musique de film ».
Stravinsky a constitué, par ailleurs,
un ‘modèle’ à ses yeux : « La
discipline est capitale pour les créateurs... Je ne me
compare pas à Stravinsky mais son mode de travail constitue
un exemple pour moi. Il était considérablement discipliné
» (entretien avec Tony Thomas, 1991). Interrogé sur
ceux qu’il admirait parmi les ‘compositeurs de cinéma’,
Goldsmith répondit (en novembre 1995 sur America Online)
: « Franz Waxman et Alex North ».
Véritablement peu enclin à ‘théoriser’,
Goldsmith est toujours demeuré très discret sur
sa ‘technique’ de composition pour l’image et
son inspiration. Contraste quasi-absolu, donc, avec un Ennio Morricone
qui semble n’éprouver aucune peine à décortiquer
son propre processus créatif. Goldsmith confessa : «
Quand je m’assieds pour composer, je suis incapable d’expliquer
pourquoi je le fais ainsi, ni même comment. C’est
comme ça ! C’est juste une histoire de sensations,
d’intuitions. » (in Les Compositeurs de musique, p.69
- cf. BIBLIO).
Il précisa tout de même une de ses
convictions : « Les compositeurs ne devraient pas illustrer
ce qui est à l’écran. Ce n’est pas nécessairement
un conseil aux compositeurs mais aux metteurs en scène
qui parfois n’ont pas confiance en eux, et veulent mettre
des points d’exclamation partout, quand nous devrions explorer
les personnages. » (Positif, n°502, p.92)
Comment brièvement définir le «
style Goldsmith » ? Le compositeur lui-même esquissa
une réponse en 1990 (au détour d’une interview
accordée à la NBC) : « une diversité
rythmique et une structure harmonique particulières ».
Dans l’un de ses ouvrages sur les compositeurs de cinéma,
le Français Alain Lacombe écrivit avec une assez
grande pertinence : « Dans les travaux de Goldsmith, les
changements de rythme et les modulations des timbres sont inhérents
au discours musical dans sa durée. Mélange tonal
et atonal, ses partitions échappent à l’obsession
du thème ».
Récompenses
Jerry Goldsmith remporta un Oscar (Academy Award)
en 1976 pour THE OMEN et cinq Emmy Awards pour ses musiques de
télévision suivantes : THE RED PONY, QBVII, BABE,
MASADA et STAR TREK:VOYAGER.
Il reçut en 1990 le Golden Score Award
attribué par l’American Society of Music Arrangers
and Composers.
En 1993, il fut récipiendaire de la récompense
annuelle décernée par la Society for the Preservation
of Film Music (SPFM devenue Film Music Society : site Internet
= http://www.filmmusicsociety.org/).
Daily Variety lui décerna en 1995 l’American
Music Legend Award.
En 1998, il reçut, lors du 9ème
Festival International du Film de Nortel Palm Springs, le Frederick
Loewe Career Achievement Award.
Bibliographie sélective
En français (livres & revues) :
- Entretien avec R. Pudill et F. Inger, revue Soundtrack!, n°23,
septembre 1987, pages 9-11
- Entretien avec D. Schweiger, revue Soundtrack!, n°43, septembre
1992, pages 13-16
- Mark Russell & James Young, Les Compositeurs de musique,
Ed. La Compagnie du Livre, 2000, pages 58-69
- Jean-François Houben, 1000 Compositeurs de cinéma,
Ed. Cerf, 2002, pages 289-294
- Entretien avec C. Lauliac, revue Positif, n°502, décembre
2002, pages 90-92
En anglais (livres) :
- Tony Thomas, Music for the Movies, 1971 (rééd.
1997)
- Tony Thomas, Film Score - The Art & Craft of Movie Music,
1991, pages 285-295
- David Morgan, Knowing the Score : Film Composers Talk About
the Art, Craft, Blood, Sweat and Tears of Writing for Cinema,
2000
- Mark Russell & James Young, Screencraft : Film Music, 2000
(traduit en français : cf. ci-dessus)
Paul Tonks, Film Music, 2001, pages 48-49
Compte-rendu du concert au Royal Albert Hall
de Londres (par Jean-François Houben)
http://www.traxzone.com/content/index.asp?section=articles&num=135
A visiter:
- JERRY GOLDSMITH
http://www.jerrygoldsmithonline.com/
- THE GOLSMITH FILM MUSIC SOCIETY
http://www.threeweb.ad.jp/~htomo/eindex.htm
- JERRY GOLDSMITH (en français)
http://www.geocities.com/goldsmithfr/
*la même année que Jacques Brel, Frederic Devreese,
Michel Fano, Henri Lanoë, Toshiro Mayuzumi, Lennie Niehaus,
André Previn... compositeurs qui ont tous écrit
pour le 7eArt...