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ses débuts, il y a cent quinze ans, le cinéma est
court. Et nous apprenons que quelques secondes d’images animées
peuvent largement suffire à surprendre, effrayer, interroger,
faire rire, découvrir et rêver. Le monde entier court
alors après les films de Louis Lumière et de Georges
Méliès, ces apprentis sorciers devenus des grands.
Si, depuis, le court métrage a été quelque
peu supplanté par la viabilité industrielle du long
métrage (à l’instar peut-être de la demeure
par l’immeuble ?), le film court semble transfigurer, toujours
et encore, les novices en maîtres. A ce titre, il n’est
pas interdit de ressentir les premiers essais et les débuts
tâtonnants des cinéastes comme infiniment plus révélateurs
et émouvants que tout ce qui suivra parfois.
En tout cas, il reste troublant de voir dans les
débuts du cinéma et les débuts des cinéastes
un même cœur battant pour le court, comme s’il
en restait le milieu absolu. Dès lors, peut-être, il
ne s’agirait pas de voir uniquement dans le court métrage
un tremplin à carrières ou un rite initiatique destiné
à se faire accepter dans la cour des longs. Sans prétendre
ici définir les spécificités du court métrage,
il convient de dire tout haut combien les courts métrages,
quel que soit l’âge ou l’expérience de
leurs auteurs, peuvent être uniques et bouleversants, et marquer
de manière indélébile celui ou celle qui les
aura découverts et traversés. Et l’histoire
même des courts métrages est une incontestable jungle
riche de raretés et de diversités.
Récemment, Jacky Evrard et Jacques Kermabon
dans leur encyclopédie du court métrage français
ont été jusqu’à revendiquer, et à
démontrer en grande partie, la foncière supériorité
artistique du court métrage: « La palette de ce secteur
est autrement plus ample et plus libre que ce peut proposer l’histoire
du long métrage. Les catégories les plus classiques
s’y révèlent particulièrement protéiformes.
Se pencher sur le court métrage, c’est rappeler que
le cinéma est irrigué de la sève expérimentale,
se nourrit des sciences et de tous les arts, qu’il peut être
essai, poème, film ethnographique, bande amateur, porno pirate
présenté dans les bordels, faux documentaire, film
de propagande, cinéma engagé, film sur l’art,
et bien d’autres choses encore. »
Au-delà des comparaisons et des défenses de territoire,
décidons peut-être surtout de connaître aussi
le cinéma par courts. Essayons par là même,
de replacer le court métrage au centre de l’enseignement
et de l’économie cinématographiques, à
l’heure où trop peu de médias sonores, audiovisuels
et écrits transmettent l’amour du film court, alors
que tel était le cas il y a encore quelques décennies.
Ces paroles résonnent-elles comme une veille bouteille jetée
dans la mer ? Peut-être pas. A en juger par l’énergie
de certains organismes et cinéastes, le court perdure et
n’en finit plus de se propager et de se transformer, revêtant
aussi, on le sait, l’apparence du clip publicitaire, humanitaire
et musical, et autres extensions grandissantes du court métrage.
A bien y penser, nous sommes tous nés et vivons tous en compagnie
du court métrage sans même nous en rendre toujours
compte. Et nous croyons connaître des cinéastes aujourd’hui
sans savoir qu’ils débutèrent par le court,
ou sans avoir eu la chance de découvrir enfin leurs premiers
films. Le parcours proposé récemment par Julien Hossein
(Europacorp) et Cadrage, à travers le DVD « Le Court
des Grands », est celui de la révélation, du
voyage dans le temps, du retour à l’origine de nos
héros – une préoccupation très contemporaine
si l’on en juge aux films sortis ces dernières années.
Remontons donc, recollons, au commencement, ce rembobinage fondamental
circulant au cœur de tous les géants.
Pistes pédagogiques
Le court métrage est de plus en plus utilisé
par les enseignants du primaire et du secondaire, car il représente
un genre cinématographique pratique (courte durée
des films lors d’une séance de travail souvent limitée
par le temps) et souvent riche et passionnant (l’histoire
du court métrage étant nourrie d’expérimentations
libératrices et de chef d’œuvres attirants les
élèves les plus rétifs) pour l’apprentissage
du cinéma et du langage audiovisuel. Voici quelques exercices
éducatifs possibles autour de courts métrages.
Propositions théoriques, orales et écrites
- Débat, visionnage et questionnement en
classe autour de l’histoire des courts-métrages : quels
sont les premiers courts métrages ? Quels sont les grands
cinéastes et les grands courants du court métrage
? Quels sont les différences et les points communs possibles
entre courts, moyens et longs métrages ?
- Réflexion et rédaction écrite, ou présentation
orale devant la classe, individuelle ou collective, d’une
analyse de court métrage ou d’un dossier sur l’histoire
du court métrage.
- Rédaction écrite individuelle, ou présentation
orale devant la classe, de fiches de lecture autour de livres abordant
l’histoire du court métrage ou des cinéastes
importants du court métrage.
Propositions pratiques, techniques et artistiques
- Faire réaliser par petits groupes plusieurs
courts métrages sur un même thème imposé.
Présentation, explication et légitimation orale des
films devant la classe et débat collectif autour de travaux
de chaque groupe.
- Faire réaliser par petits groupes une affiche originale
pour un (ou chacun) des 12 courts-métrages présentés
ici. Présentation, explication et légitimation orale
des films devant la classe et débat collectif autour de travaux
de chaque groupe.
- Faire réaliser par petits groupes un site Internet informatif
et analytique sur un court métrage imposé. Présentation,
explication et légitimation orale des films devant la classe
et débat collectif autour de travaux de chaque groupe.
- Faire réaliser par petits groupes des bonus DVD informatifs
et analytiques sur un court métrage imposé. Présentation,
explication et légitimation orale des films devant la classe
et débat collectif autour de travaux de chaque groupe.
Ressources bibliographiques
Sélection non exhaustives de ressources
existantes à ce jour sur les courts métrages et les
12 cinéastes présentés dans le DVD Le Court
des Grands.
Essais et synthèses autour des courts
métrages
Collectif, Une encyclopédie du court métrage
français, Ed. Yellow Now, 2004, 465 p.
BLUHER (D.) & THOMAS (F.), Le court métrage français…,
Ed. PU Rennes, 2005, 403 p.
DUTY (Claude), Réaliser un premier court métrage,
Ed. Scope, 2001, 124 p.
MARCHE (Jean-Bernard), Ecrire et réaliser un court métrage,
CRDP Orléans, 2002
PINEL (Vincent), Louis Lumière, inventeur et cinéaste,
Ed. Nathan, 1994
PORCILE (François), Défense du court métrage
français, Ed. Cerf, 1965
RUDNICKI (Jean-Marc), Ecrire un court métrage, Ed. Dixit,
1999
TYLSKI (Alexandre), Roman Polanski ses premiers films polonais,
Ed. Aléas, 2004, 159 p.
Monographies (en français) autour des
cinéastes
BOUINEAU (Jean-Marc), Le petit livre de Emir Kusturica,
Ed. Spartorange, 1993, 112 p.
BOUINEAU (J.-M.), Le petit livre de Paul Verhoeven, Ed. Spartorange,
1994, 112 p.
BOUINEAU (J.-M.), Le petit livre de Terry Gilliam, Ed. Spartorange,
2001
DEVILETTE (Sylvie), Luc Besson, Ed. Intervista, 2003
GIRALDI (Massimo), Luc Besson, Ed. Gremese, 2004, 111 p.
GRUNBERG (Serge), Il était une fois Underground, Ed. Cahiers
du Cinéma, 1995, 121 p.
HEARN (Marcus), George Lucas, Ed. de la Martinière, 2005,
263 p.
KEESEY & DUNCAN, Paul Verhoeven, Ed. Taschen, 2005, 191 p.
LASAGNA (Roberto), Lars Von Trier, Ed. Gremese, 2003, 127 p.
O’NEIL (Eithne), Stephen Frears, Ed. Rivages & Payot,
1994, 219 p.
TYLSKI (Alexandre), Roman Polanski, Ed. Gremese, 2005, 125 p.
Monographies (en anglais) autour des cinéastes
BJORKMAN (Stig), Lars Von Trier, Faber & Faber,
2005, 272 p.
CLARK (James), Ridley Scott, Virgin, 2002, 278 p.
GILLIAM (Terry), Gilliam on Gilliam, Faber & Faber, 2000, 304
p.
GOCIC (Goran), The Cinema of Emir Kusturica, Wallflower Press, 2001,
192 p.
IORDANOVA (Dina), Emir Kusturica, BFI, 2002, 240 p.
KNAPP & KULAS, Ridley Scott Interviews, University Press of
Mississippi, 2005, 272 p.
LUMHOLDT (Jan), Lars Von Trier Interviews, University Press of Mississippi,
2003, 218 p.
MARGOLIS (Harriet), Jane Campion’s The Piano, Cambridge University
Press, 2000, 22 p.
POLAN (Dana), Jane Campion, BFI, 2001, 208 p.
STERRITT & RHODES, Terry Gilliam Interviews, University Press
of Mississippi, 2004, 228 p.
STEVENSON (Jack), Lars Von Trier, BFI, 2002, 224 p.
VAN SCHEERS (Rob), Paul Verhoeven, authorized biography, Faber &
Faber, 1996, 256 p.
WEXMAN (Virginia), Jane Campion Interviews, Roundhouse Publishing,
1999, 256 p.
Ressources Internet
Sélection non exhaustives de sites existants
à ce jour sur les courts métrages.
L’AGENCE DU COURT METRAGE, in http://www.agencecm.com/
ATELIER DU COURT, in http://www.film-court.com/
CINE COURTS, in http://www.cine-courts.com/
FESTIVAL TRES COURT, in http://www.trescourt.com/
FESTIVAL COTE COURT, in http://www.cotecourt.org/
FESTIVAL DU COURT, in http://www.clermont-filmfest.com/
FESTIVAL DU COURT DOCUMENTAIRE, in http://www.docencourts.com/
FESTIMAGES, in http://www.festimages.com/
FESTIVAL LES LUTINS, in http://www.leslutins.com/
FESTIVAL OFF COURTS, in http://www.off-courts.com/
FESTIVAL PARIS TOUT COURT, in http://www.paristoutcourt.org/
MAISON DU FILM COURT, in http://www.maison-du-film-court.org/
LE PORTAIL DU COURT METRAGE, in http://www.le-court.com/
Textes et ressources de Alexandre Tylski (directeur
de la revue Cadrage, chercheur à l'ESAV/LARA (Toulouse II),
réalisateur de courts-métrages, auteur d'un livre
sur les courts-métrages de Roman Polanski intitulé
"Roman Polanski, ses premiers films polonais" (Ed. Aléas)
et responsable des bonus "Analyses filmiques" dans le
DVD "Le Court des Grands", Europacorp, 2005). A.Tylski/Cadrage/Arkhome
ISSN: 1776-2928. Tous droits réservés.
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