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Jean-Luc Antonucci est architecte, Maître de conférences à l'École Supérieure d'Audiovisuel (ESAV - Université Toulouse-Le Mirail), membre du Laboratoire de Recherche en Audiovisuel (LARA) et a soutenu en 2003 une thèse sur la perspective et le décor au cinéma.
Enraciner l'architecte
Le premier document
projeté, plus ancien, Richard Copans le présente
comme un film personnel, par opposition à ceux qu'il réalise
pour la série "Architectures". L'arbre, le livre et
l'architecte décrit les travaux d'aménagement
du jardin intérieur de la Bibliothèque Nationale
de France(1). Bibliothèque dont le réalisateur
rappelle préalablement au début du film, qu'elle
est née
de la volonté de monarques qui l'ont successivement installée
au Louvre puis dans l'ancien Palais Mazarin et qu'enfin, au cours
de l'été 1989, le Président François
Mitterrand a décidé de faire construire le bâtiment
de Dominique Perrault et ses quatre tours de verre pour accueillir
la future Bibliothèque Nationale de France. Au milieu
de ces tours, l'architecte a voulu greffer un morceau de forêt.
Le film montre donc des mains, armées d'une paire de ciseaux,
découper un rectangle de forêt sur une carte d'état
major et le poser sur le plan du jardin intérieur de la
BNF. Suit la description du repérage, du découpage,
de l'arrachage, du transport et de la transplantation d'un rectangle
de forêt âgée dont l'architecte a souhaité qu'elle
enracine sa nouvelle bibliothèque dans le temps.
Certes la présence
de ces arbres au milieu de la nouvelle Bibliothèque salue
bien sûr les livres qu'elle contient et le papier dont
ils constituent la matière première mais ce que
le film montre surprend et en dérange certains tellement
l'entreprise décrite paraît démesurée
et contre nature. Pour d'autres, cette démesure et les
moyens déployés pour mettre en ouvre cette opération
finissent pas fasciner.
Pourtant, au delà de
la fascination, on est forcé d'admettre que ce film constitue
un émouvant hommage, insolite et décalé,
au métier d'architecte. Alors que King Vidor s'appuyait
sur le cas de l'architecte rebelle de son film The fountainhead (2) (1946)
pour parler de son métier de réalisateur, Richard
Copans prend prétexte de l'histoire du transfert de cette
parcelle de forêt en plein cour de Paris pour mettre à nu
la nature profonde du travail de l'architecte et aider à mieux
comprendre ce qu'il est : celui qui ose inventer et qui décide
de faire envers et contre tous ceux qui lui disent que ce n'est
pas possible, que ça n'a jamais été fait
et que ça ne marchera pas ; celui qui veut faire
malgré tout, qui recherche les solutions pour y parvenir,
qui définit la manière dont on devra procéder,
qui s'assure que tout est fait selon ses prescriptions ;
celui qui ne craint pas de paraître se tromper(3);
celui qui est persuadé d'avoir finalement raison parce
que sa conviction est faite et que tout retour en arrière
serait, pour lui, une régression ou un renoncement au
mieux faire. Celui pour qui construire c'est avant tout choisir
et décider
d'une idée centrale autour de laquelle toute la cohérence
de son projet va s'organiser. A la manière de Le Corbusier
lorsqu'il pose comme principe de conception que la création
du couvent de la Tourette puisse démarrer par l'étage
en considérant que le bâtiment arrivera au sol "comme
il peut"(4).
Démarche obsessionnelle
du créateur engagée en son temps par Filippo Brunelleschi
lorsqu'il entreprit sa longue lutte(5) pour
faire admettre qu'il était
possible de réaliser ce qui paraissait alors irréaliste
et réussir enfin à terminer la Cathédrale
de Florence en la dotant d'un Dôme à sa mesure.
Le même Filippo Brunelleschi qui, en ce début de
XVème siècle où le métier d'architecte
n'est pas encore celui que nous connaissons aujourd'hui(6),
explore une nouvelle technique de représentation graphique
et met en ouvre deux expériences énigmatiques que
l'histoire de l'art qualifie traditionnellement d'acte fondateur
de la perspective centrale. Comme la géométrie
descriptive n'existait pas encore et que la technique du plan
n'était pas très avancée à cette époque,
il n'est pas déraisonnable de penser qu'en expérimentant
le tracé perspectif Brunelleschi forgeait de ses mains
un nouvel outil d'aide à la conception qui lui permettait
notamment de pré-voir ses projets et de valider ses hypothèses
de travail. En trouvant ainsi le moyen de laisser s'exprimer
ce qu'André Leroi-Gourhan appelle la "pensée manuelle"(7),
il réussit à créer les conditions d'une
réflexion préalable au chantier dont il a pu s'extraire
pour concevoir ses projets en amont et avoir la capacité d'imposer
une architecture libérée du poids de la tradition
des savoir-faire des corporations de bâtisseurs d'alors ;
une architecture de la renaissance qui créait et revendiquait
sa spécificité propre. En s'appropriant la technique
de la perspective et en l'adaptant à ses besoins, il est
probablement l'un des premiers artisans de l'émergence
du métier d'architecte tel qu'il se pratique aujourd'hui.
C'est à dire le maître de l'ouvre disposant des
outils et modes opératoires rendant possible une réflexion
préalable lui permettant de concevoir un projet original
dont il va décrire la manière de le construire
et en suivre la réalisation pas à pas. A travers
le périple de ce bout de forêt qui devient un élément
de construction à part entière, c'est l'essence
même du métier de l'architecte que révèle
le film de Richard Copans.
Cet îlot de
verdure immergé en plein milieu urbain fait figure de
dernier carré de résistance aux assauts portés
par le temps aux créations de l'homme. C'est un remarquable
pari sur l'avenir si la greffe réussit car il permet à l'architecte
de contracter le temps au cour même d'une Bibliothèque
qui a pour vocation principale de rassembler les témoignages
de l'histoire de la pensée de l'homme accumulés
au fil des siècles. En greffant des arbres mûrs
au milieu de son oeuvre, l'architecte rend hommage aux générations
passées dont il est l'héritier et le continuateur.
Greffe d'un morceau de forêt dont on regrettera plus tard
qu'on y porte atteinte tellement ses racines auront pénétré la
culture visuelle de ceux qui auront fini par en oublier l'origine.
Tout comme on a du mal à imaginer aujourd'hui que le canal
sur les berges duquel on a plaisir à se promener fût,
n'en doutons pas, une terrible agression contre la nature et
les paysages traversés lorsqu'il a été creusé à la
fin du XVIIème siècle.
Mais, pour résister,
ce jardin intérieur est enfermé dans un cocon.
Emmuré. Inaccessible au public, seulement arpenté par
ceux qui ont en charge d'assurer son entretien et sa survie,
il exprime aussi un certain autisme dont peut être capable
la création architecturale. Reclus dans un univers clos
qui génère sa propre survie, sans se préoccuper
de ce qui l'entoure ce bout de forêt reconstituée
donne une image amère et émouvante de ces arbres
câblés et soutenus de tous côtés, de
cette architecture contreventée en tous sens pour éviter
qu'elle ne verse et s'écroule. Confronté à la
fragilité de ces grands arbres soigneusement sanglés
pour survivre au traitement qu'on leur a fait subir, on ne peut
s'empêcher de penser à la situation actuelle des
architectes et à la déstabilisation que provoque
la réforme du Code des Marchés Publics engagée
par le gouvernement Raffarin et le renforcement de la procédure
conception-construction qu'elle entend promouvoir. On ne peut
se détacher de l'image d'une profession fière,
meurtrie et affaiblie qui s'accroche avec l'énergie du
désespoir aux derniers fils dérisoires qui lui
restent pour résister aux changements qui la submergent,
comme l'on fait certains de ses représentants il y a quelques
années en assimilant la défense du métier
d'architecte à la seule revendication d'une surface minimum
au delà de laquelle le recours à l'architecte devient
obligatoire. Réduction fatale du métier qui ne
pouvait avoir d'autre effet que renforcer la contestation de
la légitimité de la fonction d'architecte qui s'exprime
aujourd'hui dans cette nouvelle réforme.
La vision de ces arbres
parqués a valeur d'avertissement, Même libérés
de leurs sangles, ils resteront enfermés. On peut craindre
que s'arc-bouter sur la seule protection des marchés,
comme sur un îlot qui s'enfonce, pour lutter contre les
projets actuels du gouvernement n'empêchera pas l'absorption
de la mission de maîtrise d'ouvre au sein des grands groupes
du bâtiment européens et internationaux. Cela ne
pourra qu'en différer l'échéance. Si ce
n'est pas la réforme des marchés publics qui le
rend possible, ce sera la réforme des statuts des sociétés
d'architecture préconisée par l'un des syndicats
d'architectes(8) qui le permettra. Les objectifs de l'intégration
capitaliste sont plus que jamais financiers et la recherche des
profits, notamment à travers la concentration, lui permettant
d'assurer une rémunération confortable du capital
l'intéressent plus que la préservation des métiers
et des professions.
Le film de Richard
Copans suggère implicitement que l'architecte ne se définit
pas seulement par les marchés qu'il investit et qu'il
protège ou par les objets qu'il conçoit et qu'il
fait construire. Il met en lumière la nature du métier
de l'architecte dont la fonction, à l'image de ces arbres
déportés, est en train de perdre le socle des privilèges
qu'elle avait su tisser au fil des siècles pour enraciner
sa légitimité au sein de la production du bâti.
On doit aujourd'hui constater que la mission de maîtrise
d'ouvre est déjà largement morcelée et que
la part réservée à l'architecte y est régulièrement
entamée. En préférant la compagnie des princes(9) à la
défense de leurs compétences, les architectes et
leurs représentants ont abandonné progressivement
le terrain à de nouvelles corporations qui n'ont pas laissé échapper
les marchés qui leur étaient offerts. Affirmer,
comme le relève Philippe Boudon que "la démarche
de l'architecte est globale"(10) et prétendre qu'à ce
titre l'architecte est le seul à avoir une vision globale
du projet n'est plus suffisant. D'autant qu'il en aura de moins
en moins la capacité et que cela ne justifie en rien sa
légitimité puisque vision globale pourrait tout à la
fois signifier que l'architecte est capable d'adopter tous les
points de vue (ce qui paraît improbable) ou qu'il n'y a
qu'un seul et unique point de vue, le sien (ce qui n'est pas
très réaliste).
En centrant son regard
sur des arbres, le film de Richard Copans invite le spectateur à s'intéresser
plus aux compétences de l'architecte qu'aux objets qu'il
produit. Démarche intéressante qui permet de déplacer
le centre de gravité de la légitimité de
sa fonction. La profession pourrait ainsi profiter pleinement
du foisonnement provoqué ces dernières années
par l'augmentation du nombre d'architectes formés et la
diversification des pratiques auxquelles la pression économique
les a contraints. Le poids de la crise, l'instinct de survie
obligent parfois à l'exploration de nouveaux domaines
ou à l'émergence de pratiques nouvelles issues
de la spécialisation de compétences particulières.
Frank Kessler rapporte par exemple que la crise économique
sévissant en Allemagne après la Première
Guerre mondiale a conduit de nombreux architectes allemands à s'intéresser à l'industrie
cinématographique pour contribuer, dans le domaine du
décor, à l'essor du cinéma expressionniste
allemand(11).
Pendant ces trente
dernières années, la conjonction de divers facteurs(12) a
provoqué un bouillonnement qui a profondément
et durablement transformé une profession dont les compétences
se sont ramifiées et différenciées. Celles
désormais acquises au cours de la formation et celles
issues de l'expérience professionnelle dans des domaines
très divers. Compétences qui devraient pouvoir
prendre dorénavant, chacune, toute leur part dans une
nouvelle appréhension de la profession d'architecte. Pour
avoir une idée de ces transformations, les organisations
professionnelles des architectes devraient être par exemple
plus attentives à ceux qui, une fois diplômés,
décident de ne pas exercer leur métier suivant
un processus classique et traditionnel(13). Quelle qu'en soit
la raison, quel que soit le domaine dans lequel ils exercent
désormais,
ils doivent être en mesure de révéler comment
ils ont réussi à trouver, ou non, le prolongement
de leurs compétences initiales d'architectes dans leurs
nouvelles activités.
Pour cela il faudrait
que l'Ordre des Architectes, héritier d'une conception
corporatiste du métier, ne représente pas, de façon
quasi exclusive, les seuls intérêts des agences
d'architecture(14) mais accepte enfin de s'ouvrir largement à ceux
qui n'exercent pas directement dans la production d'architecture
pour rendre possible le dialogue et la coopération entre
tous les architectes, toutes les fonctions qu'ils occupent et
tous les métiers qu'ils sont amenés à exercer.
Ne pas se priver de la richesse de cette diversité ce
serait accepter en son sein des forces vives et novatrices susceptibles
de renouveler la profession d'architecte et de la renforcer.
On peut se demander par exemple pourquoi un architecte spécialisé dans
l'usage des outils informatiques pendant sa formation n'est pas
aujourd'hui considéré comme un architecte à part
entière dès lors qu'il décide que l'infographie
sera son métier(15). Pourtant le recours à ces outils
est de plus en plus fréquent dans les concours d'architecture
et la promotion immobilière n'hésite plus à utiliser
ce type d'images pour vanter les mérites de ses produits.
Le cas des architectes
allemands des années 20 qui ont travaillé dans
le décor nous ramène aussi à cette même
interrogation. Si comme certains l'ont proclamé, le cinéma
a eu un effet libérateur sur leur capacité de création
et de production désormais affranchie des contraintes
classiques du bâtiment(16) ils n'ont
pas cessé d'être
architectes pour autant(17). Proposer la confrontation entre
architecture et cinéma c'est aussi poser la question de
l'ouverture de la profession à de nouvelles pratiques, à de
nouveaux métiers et plus seulement à de nouvelles
modalités d'exercice de la profession de maître
d'ouvre. Tourner son regard vers le cinéma, c'est ouvrir
le débat sur une possible libération des architectes.
Pour ne pas en finir
Si les formes que
prennent les représentations produites par les outils
informatiques de dessin et de conception des architectes nous
forcent de plus en plus à étudier les rapports
qu'elles peuvent entretenir avec l'audiovisuel il faut aussi
s'interroger sur la manière dont certains architectes
peuvent trouver leur place dans l'audiovisuel et avoir les moyens,
en tant que tel, de projeter et valoriser leurs compétences,
outils ou méthodes de travail (conception et construction).
Architecture et cinéma sont tous deux des arts complexes
où, sauf cas exceptionnels, le maître de l'ouvre
réalise rarement seul ou lui-même ce qu'il conçoit.
Disciplines carrefours qui doivent intégrer les compétences
d'autres disciplines connexes elles obligent l'architecte et
le réalisateur à connaître l'ensemble des
processus de réalisation pour qu'ils sachent, chacun dans
son domaine, concevoir, décrire et diriger la fabrication
de leurs créations.
Architecture et audiovisuel
entretiennent l'une et l'autre des liens forts avec l'industrie
qui induit un rapport déterminant de la création
avec le capital et la recherche du profit. Le rapport à la
commande est également présent, avec la même
force, dans les deux et chacun de ces arts de la représentation
est par ailleurs régulièrement mis à contribution
pour mettre en scène et valoriser l'image du commanditaire
ou du pouvoir. On peut trouver des similitudes entre le travail
de l'architecte et celui du réalisateur ou dans la manière
de conduire le processus de création et de réalisation
mais il paraît pour autant difficile de parler de convergence
entre architecture et audiovisuel. Les enjeux ne sont pas les
mêmes et les objectifs à atteindre par leurs maîtres
d'ouvres respectifs sont beaucoup trop différents. L'architecte
peut s'inspirer de formes audiovisuelles pour élaborer
ses projets ou pour construire leur justification comme le réalisateur
peut trouver dans l'architecture une source d'inspiration pour
ses films mais les objets produits sont de nature très
différente. Par exemple la notion de circulation est présente
dans l'audiovisuel et l'architecture mais on ne la gère
pas du tout de la même façon dans l'une ou l'autre.
La recherche de nouveaux
outils est une tradition ancienne chez les architectes :
Filippo Brunelleschi avec la perspective, les concepteurs des
multiples tracés régulateurs imaginés et
créés au fil des siècles, Le Corbusier avec
son Modulor, Robert Mallet-Stevens et sa méthode de tracé d'une
image cinématographique ont notamment pris leur part dans
ce mouvement. Il est donc parfaitement légitime qu'aujourd'hui
certains architectes explorent les nouveaux outils qui sont désormais à leur
disposition, comme l'informatique ou l'audiovisuel, mais il n'est
pas impossible que ses recherches aboutissent là où on
ne les attend pas.
Dans le domaine de
l'audiovisuel, la démarche entreprise par les étudiants
en architecture de Toulouse apporte un premier élément
de réponse encourageant qui montre que l'expérience
doit être poursuivie et que la renaissance des architectes
ne sera possible que si la profession ose sortir hors les murs.
Notes
(1) Site BNF – Histoire
: http://www.bnf.fr/pages/zNavigat/frame/connaitr.htm
(2) Voir à ce sujet l’article de Françoise ZAMOUR L’omniprésence
de l’architecture chez King Vidor dans Architecture décor
et cinéma,
déjà cité.
(3) Pourvu que le Prince du moment l’accepte.
(4) Même si ce principe énoncé dans le film de Richard Copans
peut avoir été un postulat de départ, un point de démarrage,
on peut néanmoins se demander s’il ne s’agit pas là d’une
justification a posteriori conçue par l’architecte au cours de son
travail pour le rendre cohérent et mettre en ordre son travail de conception.
(5) Notamment contre la concurrence persistante de Lorenzo Ghiberti dont il finit
par avoir raison lorsqu’il sera reconnu comme « inventeur » du
Dôme.
(6) Comme c’est le cas pour d’autres à cette époque
qui
sont peintres ou sculpteurs avant d’être architectes, Filippo Brunelleschi
est initialement orfèvre avant de s’intéresser à l’architecture.
(7) André LEROI-GOURHAN, Les racines du monde. Entretiens avec Claude-henri
ROCQUET, Pierre Belfond, Paris, 1982, p. 67 et 228.
(8) L’UNSFA (Union Nationale des Syndicats Français d’Architectes)
est à l’origine d’un projet de réforme visant à rendre
possible l’entrée de personnes morales dans le capital des sociétés
d’architecture. Ce que la loi sur l’architecture de 1977 rendait
impossible jusqu’à présent . Voir à ce sujet, Le Moniteur
:
http://www.lemoniteur-expert.com/depeches/contenu/depeche.asp?dep_id=DE20C9BEB.
(9) Voir notamment Gérard RINGON, Histoire du métier d’Architecte
en France, Presses Universitaires de France, Collection « Que sais-je ? » n°3251.
Gérard RINGON y décrit la lente maturation du métier d’Architecte
depuis le temps des bâtisseurs du moyen âge et nous montre que certaines
questions telles que la séparation entre architecte et entrepreneur, la
qualité d’architecte, le port du titre, la notion de convenance,
l’opposition entre création artistique et usage, traversent la profession
de manière récurrente depuis bien longtemps. On y découvre
le long processus de différenciation de ce métier avec ceux des
entrepreneurs ou des ingénieurs pour accéder au statut de maître
d’œuvre et réclamer la responsabilité de l’ensemble
du processus d’édification. On y voit comment, malgré la
tentative de réunification de ces différents métiers pendant
la période révolutionnaire, les Architectes ont cultivé ces
différences, pour rechercher la compagnie et les honneurs des princes
ou des puissants. Jusqu’à l’instauration, sous le régime
de Vichy, d’une organisation corporatiste qui a enfermé la profession
dans des contradictions insurmontables et qui, en l’isolant dans la pratique
quasi exclusive de la supposée maîtrise d’œuvre, créait
durablement les conditions de son exclusion progressive du marché.
(10) Philippe BOUDON, Échelle(s), Anthropos, Économica, Paris 2002,
p. 51.
(11) Frank KESSLER, Les architectes-peintres du cinéma allemand muet,
dans
le n° 12 de la revue Iris, Cinéma et Architecture, Méridiens
Klincksieck, Paris, 1991, p. 47 à 54.
(12) L’élargissement des domaines enseignés, l’augmentation
du nombre des architectes formés, la loi sur l’architecture de 1977,
les lois de décentralisation de Gaston Deferre, la rémunération
de la mission de maîtrise d’œuvre qui n’a pas suivi l’évolution
de l’inflation, la pratique du concours et la difficulté de l’accès à la
commande publique, notamment.
(13) On peut lire à ce sujet le chapitre que Gérard RINGON consacre à cette
question p. 106 à 113 dans Histoire du métier d’Architecte
en France, déjà cité.
On notera également qu’un ouvrage publié en 2002 donne des
indications très intéressantes sur cette question:
Nicolas NOGUE, Les chiffres de l'architecture. Tome 1, Populations étudiantes
et professionnelle, Éditions du Patrimoine, Paris 2002.
Enfin, dans le même domaine on peut se reporter au regard sociologique
que porte Jean-Louis VIOLEAU sur la population des architectes candidats aux
Nouveaux albums de l’architecture 2001-2002 dans le texte Les "premiers
collés" volontaires de l’architecture réalisé à la
demande de la Direction de l’Architecture et du Patrimoine et téléchargeable
sur internet à l’adresse suivante :
http://www.nouveaux-albums.culture.fr/pdf/regards_JLVioleau%20.pdf.
(14) C’est déjà la fonction des syndicats professionnels
(15) A ce jour, un jeune diplômé dans cette situation n’a
pas
la
possibilité de s’inscrire à l’Ordre des Architectes,
ne serait-ce que pour le seul port du titre.
(16) "Pour l’architecte, le travail au cinéma peut donc apparaître
comme une libération des contraintes matérielles (dans tous les
sens du mot) avec lesquelles il doit généralement compter" Frank
KESSLER, p. 49.
(17) Frank KESSLER rapporte notamment que certains architectes n’ont pas
hésité à importer
dans le cinéma une certaine propension à l’hégémonie
exclusive qui n’est pas sans rappeler l’un des arguments principaux
utilisés encore aujourd’hui par quelques-uns : "Pour Reimann
les choses sont claires : la tâche de l’appareil de prise de vues,
c’est d’enregistrer les effets artistiques que seul l’architecte-peintre
sait produire." Frank KESSLER, déjà cité, p. 53.
Photographe : David Lombourg (photo
de Richard Copans en page d'accueil)
Jean-Luc Antonucci
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