LE
CINEMA APRES LE 11 SEPTEMBRE 2001
De la rupture, mais quelle(s) rupture(s) ?
Analyse
de Fahrenheit 9/11 de Michael Moore
Analyse
de The Terminal de Steven Spielberg
Critique
de The 25th hour de Spike Lee
Critique
de Anything Else de Woody Allen
Critique
de Gangs of New York de Martin Scorsese
Article
sur "Les Blockbusters & George Bush"
De la rupture, mais quelle(s) rupture(s)
?
Trois ans après, les attentats du 11 septembre
2001 aux Etats-Unis continuent de secouer le monde et de briser
(en partie), et inévitablement, le paysage du cinéma
aux USA, qu’il s’agisse, fait indicateur, de grosses
productions (Terminal et Gangs of New
York) comme de petites productions (Fahrenheit
9/11 ou Anything Else). Ailleurs, ces
attentats ne cessent plus de faire parler d’eux, si l’on
peut dire. Nous pourrions répertorier une liste déjà
très imposante de films internationaux (mais en grande
partie venus des Etats-Unis) ayant abordé directement ou
indirectement la question, mais retenons peut-être le film
entretien japonais Noam Chomsky: pouvoir et terreur
(2003) ou encore le film collectif 11 Septembre
(2002).
Dans ce dernier, un des « sketchs »
du film, réalisé par Idrissa Ouedraogo, replaçait
avec audace les attentats perpétrés aux USA dans
le contexte de l’Afrique noire. Une bande de gamins pensent
reconnaître Ben Laden dans leur village et le traquent pour
toucher « la récompense » offerte par les Etats-Unis
pour l’aide à la capture de Ben Laden (de l’argent
qui pourrait nourrir leur village pendant des décennies).
A la fin du film, Ouedraogo termine avec le « sosie »
de Ben Laden « s’enfuyant » par avion et ce,
à la tristesse générale des enfants. Ces
enfants, regards tournés vers le ciel et l’avion,
lancent dans un dernier soupir: « Reviens Ben Laden, on
a besoin de toi… » Ce sketch proposait une vision
osée, acide, différente et lucide sur les attentats
du 11 septembre mais plus généralement sur le monde,
avec entre ciel et terre: les enfants et l’absurde âpreté
et inégalité (rupture) des conditions humaines.
Quelle rupture cinématographique aurait
donc fait émerger les attentats du 11 septembre ? Devons-nous
vraiment parler d’une période cinématographique
post 11 septembre comme il en est de périodes cinématographiques
d’après guerres ? Les attentats font-ils place à
une rupture émotionnelle, idéologique et artistique
unique ? Un même et seul message ? Et que pouvons-nous développer
sur l’idée du cinéma (jamais tant ?) inspiré
par les horreurs de la réalité ? Qui se nourrit
l’un de l’autre ? Quelle rupture serait-elle plus
« cinématographique », la mise en scène
terroriste ou la mise en scène terrifiante, terrifiée
?
En réalité, peut-être devrions-nous
parler d’abord de films pré-11 septembre. Les cinéastes
n’avaient-ils pas déjà prévu et prévenu
le monde ? Nous ne pensons pas ici à des films catastrophes
de type Armageddon (1998) ou des films convenus
d’avions détournés (bien que ceux-là
aient un intérêt sociologique évident). Nous
parlons ici de films ayant abordé l’écroulement
des civilisations et les ruptures lamentables et destructives
causées par l'intégrisme et les dictatures, les
rapports de force ridicules et les séparations des peuples.
Un film nous vient notamment à l’esprit: Prova
d’Orchestra
(1979) de Federico Fellini (lire notre analyse du film ici)
dans lequel la tyrannie, la révolte, l’effondrement
et l’éternel recommencement saisissaient, résumaient
et annonçaient déjà presque tout.
Alexandre Tylski, Septembre 2004
Lire entretien avec Woody Allen sur les attentats du
11/09, cliquez
ici