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Colloque
international "Hybridation des images : émergence d’un
nouveau cinéma ?"
En quoi s’agit-il
d’un événement ?
Par Sandy Baczkowski
Le colloque qui se déroulera à Toulouse les 2,3 et
4 Février à l’occasion des quarante ans de la
Cinémathèque constitue un évènement
à part entière.
En effet, le sujet de ce colloque est symptomatique de l’intérêt
croissant que porte le monde de la recherche universitaire aux arts
dits « mineurs », en l’occurrence les jeux vidéo
et l’animation, dans leurs rapports avec leur aîné
le cinéma. Si certains journalistes et critiques comme Olivier
Assayas, Olivier Séguret ou Jean Michel Frodon oeuvrent en
ce sens en France depuis quelques années, force est de constater
qu’en terme de recherche universitaire sur les jeux vidéo
par exemple, la France affiche quelques wagons de retard sur ses
voisins anglo-saxons et Nord Européens. Pourtant les interactions
entre jeux vidéo et cinéma, autant sur le plan esthétique
qu’à un niveau purement commercial, sont devenues une
réalité qu’on ne peut plus ignorer. Cette évidence
est tout particulièrement visible dans une certaine tendance
du cinéma américain contemporain. L’importance
numérique des adaptations de jeux vidéo sur le grand
écran n’est cependant que la partie la plus visible
de l’iceberg. D’autres films empruntent aux jeux vidéo
sans y faire référence de manière explicite.
Plutôt que de rejeter cette tendance, de la mettre de côté
au profit d’œuvres cinématographiques considérées
comme plus « nobles » par la théorie cinématographique
française, il serait préférable d’en
analyser les enjeux car ils s’avèrent primordiaux,
et en termes de recherche et en termes d’éducation
aux images des générations futures.
Le marasme de la recherche française
Les chiffres en témoignent, les chercheurs
français s’expatrient de plus en plus aux Etats-Unis.
Le sujet est d’actualité ces jours-ci. Même Claude
Allègre envisage de quitter le monde de la recherche française
pour aller œuvrer chez nos soi-disant « ennemis ».
Cette « fuite des cerveaux » n’affecte pas que
le monde scientifique comme pourrait le croire certains mais s’avère
plus générale. Pour quiconque évolue dans le
cercle fermé de la recherche française, nous avons
tous parmi nos connaissances un collègue parti travailler
6 mois en Australie ou aux Etats-Unis et qui a finalement décidé
de ne pas rentrer pour faire carrière là-bas. C’est
malheureusement la triste réalité. Nous pouvons bien
entendu mettre en avant les conditions de travail ou les différences
de salaires mais cela ne fait pas tout. On pourrait également
évoquer – au risque de faire grincer les dents d’un
grand nombre - un certain immobilisme français qui affecte
quelques secteurs de la recherche universitaire, notamment le cinéma,
et qui pousse la relève française à s’expatrier.
Comme le confiait récemment Olivier Assayas, réalisateur
et ancien critique aux Cahiers du Cinéma :
« La critique institutionnelle, la cinéphilie
classique est un peu victime d’un système. La critique
va chercher ses sources dans une théorie : or, aujourd’hui,
la théorie " diffuse " du cinéma est très
mauvaise. Du coup la critique s’en ressent. La réflexion
sur le cinéma qui est devenue très formatée
par l’université, se fonde sur des outils trop anciens.
Le cinéma change de forme, les systèmes esthétiques
se modifient et sont très différents des cadres canoniques
de la cinéphilie. Il y a dans la cinéphilie classique
un repli sur des valeurs " refuge ", sur des choses qui
demeurent dans le cadre traditionnel de l’esthétique
cinématographique. Or, ce champ est de plus en plus restreint
car le nouveau cinéma se propage de plus en plus vite, et
est infiniment plus en prise avec le monde contemporain. Le cinéma
se déploie de manière trop rapide par rapport à
la théorie du cinéma qui a perdu pied depuis longtemps.
Les critiques se passionnent donc pour des styles de cinéma
au fond archaïques – occasionnellement passionnants —
du type Kiarostami, Oliveira, ou Kaurismäki. La pratique de
ces cinéastes demeure dans un cadre historique de la cinéphilie
et donc dialogue de façon frontale avec les outils anciens
dont se sert la critique. Mais dès qu’un cinéma
est engagé dans la matière contemporaine, la théorie
du cinéma n’a plus les outils pour le regarder, pour
en rendre compte : ils n’y voient qu’une perturbation
du canon. Or, on ne peut pas parler d’un film de Michael Mann
comme d’un film de Ozu (que la théorie du cinéma
adore). » (1)
Il est peut être grand temps que la recherche
française en cinéma accepte de sortir de son carcan
et regarde d’un peu plus près ce qui se fait ailleurs.
Peut être temps qu’elle accepte enfin de vivre avec
son temps, de s’ouvrir, de s’exposer nue à ce
« nouveau » cinéma face auquel elle se retrouve
actuellement désarmée, de réfléchir
à de nouveaux outils d’analyse plutôt que s’en
remettre systématiquement aux grands noms du passé.
C’est en cela que le colloque international sur l’hybridation
des images qui se déroulera à Toulouse s’avère
essentiel. Parce que pour la première fois des chercheurs
étrangers de renom mais méconnus en France, y compris
de leurs pairs, vont venir exposer leurs travaux sur l’hybridation
des images. Parce que ces chercheurs ne considèrent pas les
jeux vidéo ou les mangas japonais comme une sous-culture
indigne d’intérêt. Parce qu’ils n’ont
pas peur de travailler sur des films comme Matrix ou Le Seigneur
des Anneaux.
Il est absolument aberrant que des chercheurs comme
Espen Aarseth, chef de file de la théorie sur les jeux vidéo
ou Jay David Bolter, soient inconnus dans notre pays et que leurs
ouvrages, qui font autorité dans le monde, ne soient pas
traduits en Français. Tout comme il est affligeant de voir
qu’aucun chercheur français ne participe aux diverses
conférences internationales sur les jeux vidéo –
et elles sont légion depuis quelques années - organisées
de par le monde. Bazin, Deleuze, Metz, tous les plus grands noms
de la théorie cinématographique française ont
été et sont toujours lus dans le monde entier. Pourquoi
la France éprouve-t-elle désormais tant de difficultés
à s’exporter et à s’ouvrir aux chercheurs
étrangers ? L’Exception culturelle a peut être
des limites.
Les choses bougent cependant et tout n’est
pas négatif. Même si notre pays accuse un retard singulier
en ce qui concerne ce pan de la recherche, il est heureux de voir
que plusieurs universitaires oeuvrent en ce sens. Des groupes de
recherche comme l’Exception (2), des revues comme les Cahiers
du Cinéma ou plus récemment Cadrage, des jeunes chercheurs
– et des moins jeunes - se lancent avec enthousiasme dans
ce nouveau défi français. Le défi est immense
certes mais pas insurmontable. Ce premier colloque international
en France s’avère en ce sens très prometteur
car il permettra aux chercheurs français présents
de confronter leurs points de vue à ceux de leurs homologues
étrangers et de réfléchir tous ensemble à
ces nouveaux enjeux cinématographiques.
Sandy Baczkowski écrit actuellement
une Thèse sur l’hybridation des images à l’ESAV/LARA
de l’Université Toulouse II, France
(1) Olivier Assayas par Clémentine Gaillot, Ciné Lycée
(2) http://www.lexception.org
Du même auteur, lire aussi:
- Dossier "Cinéma & Jeux vidéo",
cliquez
ici
- Dossier "Cinéma & Nouvelles Technologies",
cliquez ici
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